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ÉDITORIAUX de la Revue

Notre revue commence par un article de Bernard Durey qui y décrit les hypothèses et la pratique qu’il a développées suite à son travail avec les enfants autistes. Face à des sujets-potentiels ou à des présumés-sujets, le thérapeute est démuni avec les moyens classiques de l’analyse. Bernard Durey a dû inventer pour s’adapter aux besoins de ces sujets en devenir. Il s’est alors «  posé la question du corps comme contenant fondamental, lieu de la marque et de la trace, lieu « d’écriture primordiale », base du « psychisme à naître » et de « penser ». » Il postule que quelque chose ne s’est pas passé entre la mère et le foetus créant une absence de marque, absence de toute trace d’expérience. L’écriture corporelle ne s’est pas faite, barrant l’accès à la parole et au sens. Il a alors postulé la médiation corporelle comme indispensable, « par où le corps du présumé-sujet serait pris entre le toucher vivifiant, reconnaissance de réalité vivante et le touchant à la fois par la qualité du geste et de la parole de l’intervenant, l’un et l’autre chargés de « tendresse humanisante ». » Ce travail permet d’ouvrir les sens de l’autiste de façon à ce qu’une marque puisse s’y inscrire. Il permet aussi à des sujets plus structurés d’atteindre des zones plus archaïques du psychisme, moins accessibles par la parole. Il s’agit toujours de « réalisations symboliques » situées comme des moments signifiants qui permettent parfois d’aller vers un travail analytique plus classique ensuite.

Nous avons ensuite un article de Brigitte Dohmen qui aborde la question du contre-transfert. Elle reprend l’historique de cette notion, mise en évidence au départ par Ferenczi. Pour Freud, le contre-transfert est l’équivalent de la résistance chez le patient. Il est donc un obstacle à la cure et à maîtriser à tout prix. Ferenczi, par contre, envisage le contre-transfert comme un outil possible de l’analyste pour autant que celui-ci soit analysé. A leur suite, on trouvera différentes théorisations du contre-transfert qui développeront ces deux tendances. Les polémiques tournent autour de deux axes : le contre-transfert est-il un obstacle ou un outil dans la cure, et doit-il ou pas être communiqué au patient ? B. Dohmen envisage les différents aspects du contre-transfert dont ses aspects corporels. Elle nous montre dans cet article comment elle a appris à décoder son contre-transfert corporel. Elle nous parle de ce qu’elle considère comme les passages à l’acte de ce contre-transfert. Elle aborde ensuite le problème de sa communication au patient et considère que celle-ci peut s’avérer utile dans certaines situations et sous certaines conditions.

Nous avons ensuite le témoignage bouleversant d’une psychothérapeute, Anne Chotteau, qui nous parle de sa traversée du désert et de l’impact qu’elle a eue sur ses patients. Que se passe-t-il quand c’est la thérapeute qui est malade, quand elle est frappée à bout portant par un traumatisme réel qui affecte profondément son corps et son psychisme ? Anne Chotteau, avec pudeur et vérité, nous fait ressentir les souffrances qui ont été les siennes et leurs répercussions sur ses patients. Souffrances du corps, souffrances du psychisme au prise avec la maladie et la mort, souffrances du professionnel qui ne peut plus assumer le cadre qu’il s’était fixé au départ. Thérapeute et patients doivent inventer une nouvelle façon de fonctionner qui respecte l’un et l’autre sans tomber dans la perversion du transfert. Nous voyons comment elle est arrivée à trouver ses propres repères contenants et consolants qui ont permis à elle et ses patients de continuer leur chemin sans se perdre. Et nous éprouvons tous, à la lecture de ce texte, une reconnaissance muette pour « l’homme aux cartes postales ».

Bernard Houssiau est écrivain. Ces « petits matins en clair-obscur » nous présentent ici la réalité d’un autre traumatisme réel vécu au quotidien. Avec pudeur, par petites touches, il nous dévoile le vécu d’une famille autour du handicap de l’enfant avec, pour décor, le carnaval de Bâle.

Madame Wikler-Delhalle est une kinésithérapeute spécialisée dans le travail avec des patients « psychosomatiques ». Pour les aborder, elle a développé une pratique de thérapeute psycho-corporelle qui s’appuie sur de nombreuses recherches et lectures. Son cadre de référence majeur est la théorisation psychanalytique. Elle nous décrit d’abord les outils techniques qu’elle a à sa disposition : massage, relaxation, psychomotricité. Elle nous précise ensuite le cadre et le projet thérapeutique qu’elle met en place avec souplesse et rigueur. Son objectif est d’aider le patient à développer une intégration sensorielle qui renforcera son Moi-corporel et ensuite son Moi. Elle nous exprime les pièges et les difficultés du travail corporel et du travail avec ce type de patients avec lesquels il faut toujours éviter la situation d’impasse et qui nous confrontent souvent à un contre-transfert difficile.

Joël Clerget nous parle enfin de la place que le père peut et devrait prendre par rapport à son bébé. Le père est une présence tierce qui intervient dans la relation duelle mère-bébé, à la fois à un niveau concret, par des gestes et des parles d’homme vis-à-vis de ce bébé, et à un niveau symbolique parce qu’il est présent dans le désir de la mère. « La réalité du papa est articulée au père réel et au père symbolique. A partir du concret de ce qui est vécu (contact corporel avec l’enfant), le père est décliné comme quelqu’un avec qui un enfant est en relation. Un papa est toujours dépassé par la paternité dont il est le passeur et le passant. »

Bonne lecture...

Brigitte Dohmen

 

Le volume III de notre revue était axé sur l’approche du corps abordée sous des angles différents et par diverses disciplines.

Dans ce numéro, nous commençons par un article de Danièle Deschamps sur « la fonction et les ratés de la mémoire en psychanalyse ». Quel est le point d’origine de la mémoire d’un individu? Quelles sont les conséquences des secrets, des ratés volontaires ou involontaires de cette mémoire et de la transmission qui y est liée?
Avec l’habilité scripturale qui lui est propre, Danièle Deschamps mêle l’histoire d’une patiente avec celle de l’héroïne du livre « Le chasseur Zéro » de Pascale Roze. Deux femmes dont le destin est étroitement lié au destin de l’Histoire. Deux femmes dont le père fut tué pendant la guerre sans qu’il y ait de paroles ensuite qui permettent d’intégrer ces disparitions dans leur histoire. « A cette explosion dans le réel correspondait une implosion psychique qui bloquait toute construction fantasmatique et toute élaboration du trauma. » Leur évolution ne peut se faire que dans le clivage, coupées de leurs racines et d’elles-mêmes. Toute la famille est figée dans ce système défensif empêchant du coup tout processus de différenciation. Danièle Deschamps nous parle de ce « pari fou des thérapeutes de rechercher un autre cours possible aux destins », d’espérer « dénouer ce pacte dénégatif si destructeur pour leurs patients et orienter les forces psychiques vers la vie ». Ceci ne peut se faire que si le thérapeute croit en la possibilité d’évolution et de reconstruction de tels patients, s’accroche à cet espoir malgré les difficultés de cette absence de mémoire et accepte de « prêter son psychisme » à celui, défaillant, du patient.

Edith Goldbeter-Merinfeld aborde ensuite « la place du corps dans les familles à partir de l’optique systémique: les manifestations somatiques sont toujours interprétées, aussi bien par le malade que par son entourage, en fonction d’un code de valeurs familiales; ce sens pourrait ensuite influencer les choix concernant le traitement ultérieur de la pathologie, et donc son décours. » Le symptôme est là pour maintenir une forme d’équilibre dans le système familial. Dans ce contexte, le corps peut servir de tiers, de support de langage, et ce aussi bien dans sa gestuelle que dans son fonctionnement. La maladie trouvera ici une place tout à fait particulière pour « créer ou maintenir un mode particulier de relation au sein du système ». Le corps peut dès lors être appréhendé en tant que langage au niveau de la façon dont la famille en parle, au niveau de la recherche d’un sens du symptôme et au niveau de la façon dont ce symptôme s’intègre dans le système familial et de la fonction qu’il va y prendre. Edith Goldbeter-Merinfeld parle plus particulièrement de deux types de familles: celles pour qui le symptôme est au centre de leur organisation, et celles pour qui la maladie est à proscrire. Dans les premières, « être malade renforce la cohésion du groupe familial », et ce à travers la succession des générations. La maladie est le tiers autour duquel s’organisent les relations entre ses membres: la gestion de la distance, de la demande, des conflits, des relations avec l’extérieur. Elle est « langage silencieux mais démonstratif ». Dans les secondes, la maladie est niée ou mal acceptée et survient toujours par effraction. La fonction du thérapeute sera de remplir le rôle de tiers à la place de la maladie, permettant ainsi de désamorcer sa place indispensable.

Claire Devriendt-Goldman nous parle ensuite de l’importance du corps dans la construction psychique du tout petit et de son omniprésence dans les interactions précoces. L’enfant utilise aussi son corps pour exprimer les difficultés de ces interactions. Le corps est dès lors sur l’avant de la scène psychothérapeutique quand on travaille avec un tout petit. « Ce que le bébé nous transmet est en relation étroite avec ses éprouvés corporels. » Le concept de Moi-peau de Didier Anzieu fournit un cadre théorique extrêmement fécond pour cette approche. Il nous permet de comprendre l’importance du sensoriel et du kinesthésique dans l’élaboration psychique de l’enfant et comme mode de communication. C’est pourquoi le langage corporel a toute sa place dans le travail psychothérapeutique avec l’enfant. Il est à décoder avec l’enfant. Le double interdit du toucher, celui qui concerne les pulsions agressives et sexuelles, reste nécessaire « pour permettre la création d’un espace de jeu et de pensées et pour permettre à la communication verbale de se développer ». Pour illustrer tout ceci, Claire Devriendt-Goldman nous présente trois cas de tout petits en difficulté, qui nous permettent d’observer comment la mise en acte devient « mise en sens de la problématique relationnelle parents-bébé », souvent révélatrice elle-même d’une problématique intra-psychique d’un des deux parents. Cela permet de « dégager le bébé de tout le poids des projections parentales » et de permettre un travail d’élaboration de celles-ci « en utilisant la présence du bébé même si le symptôme a disparu ». Et nous avons l’occasion d’apprécier à notre tour la merveilleuse sensibilité de cette thérapeute.

Robert Kriwin, ostéopathe, envisage le corps comme un carrefour entre douleur et souffrance, entre perception et conscience, entre sensation et affection. Et il pose la question du sens. La douleur parle de l’histoire de la personne. Faut-il nécessairement en rechercher le sens? Il nous cite le cas de Louise, patiente qui présente des douleurs récidivantes et résistantes à toutes formes de traitement. Ces douleurs sont associées et peut-être masquent également des souffrances récidivantes. Louise est « coupée en deux » à l’image de ce diaphragme tendu tout comme, dans sa vie, elle est coupée des êtres chers dont elle porte un deuil pas vraiment élaboré. Elle se raconte beaucoup sans faire les liens avec ses douleurs. Robert Kriwin écoute et soigne le corps. Il se réfère entre autres à Rosine Debray, psychosomaticienne, pour qui tout individu est psychosomatique, c’est-à-dire que la voie somatique, celle des éprouvés corporels, est incontournable et complémentaire à la voie mentale, celle des processus psychiques et de pensées. Cependant certaines maladies ne sont pas psychosomatiques parce qu’elles se situent hors des processus d’expression mentale. Il s’agit de patients alexythimiques qui ont une pensée opératoire. Louise nie sa souffrance émotionnelle mais elle cherche un support affectif, sans le reconnaître, auprès des soignants. Et c’est peut-être parce qu’elle l’a trouvé à travers une écoute de son être et de son corps qu’elle peut évoluer dans sa vie.

Régina Goldfarb aborde ensuite la question du transsexualisme pour en souligner toute sa complexité et la difficulté d’y répondre de façon adéquate. Elle nous relate le cas d’Aurore, une jeune fille qui voulait devenir homme. Victime de graves maltraitances, Aurore ne pouvait assumer son identité de femme. Être femme était être soit bourreau comme sa grand-mère soit victime comme sa mère. Être femme était être l’objet sexuel des hommes. Plutôt être du côté de l’homme, du pouvoir et de la reconnaissance. Prendre sa demande au premier degré aurait été méconnaître sa vraie souffrance et la museler à jamais. A partir de ce cas, Régina Goldfarb s’interroge sur la façon d’appréhender la demande de changer de sexe. Celle-ci a varié selon les époques et est fonction de la culture. A l’heure actuelle, c’est devenu une problématique médicale plus axée sur le biologique que sur la prise en considération des aspects identitaires. Mais changer de sexe biologique fait-il vraiment changer de sexe? De plus, cela résoud-il la souffrance sous-jacente à cette demande? Qu’est-ce que la sexualité humaine? Qu’est-ce que l’identité sexuelle d’un individu? Comment se construit-elle? Autant de questions que Régina Goldfarb aborde dans son article et qui, souvent, ont peu de place dans la pratique médicale.

Anne Joos de ter Beest aborde ensuite la différence et la complémentarité du masculin et du féminin. Freud a parlé de la bisexualité psychique et Lacan de deux façons de se référer au langage: l’une masculine, plutôt univoque, l’autre féminine s’ouvrant au sens pluriel, au subjectif. Qu’en est-il de la médecine par rapport à tout cela? La rationalité scientifique se veut totalement univoque, elle rejette dès lors la subjectivité et l’unicité de l’être humain, qu’il soit homme ou femme. La médecine actuelle s’inscrit dans ce paradigme-là. Or la naissance est une « traversée singulière, une aventure très personnelle marquée par le passage d’un état à un autre ». « C’est un événement où rien n’est de l’ordre du comparable, de l’objectivable puisque tout empreint de singularité. » Si la médecine ne s’adresse qu’à la partie « observable, objectivable et maîtrisable de la naissance », elle ne peut rendre compte de la singularité de cet événement.

Brigitte Dohmen continue en montrant que la naissance est passée du féminin au masculin, ce qui lui a permis d’être totalement régie par la médecine. La médecine ici se présente comme une mère archaïque, totalitaire qui impose son idéologie à tous, médecins et non médecins, hommes et femmes. Il est difficile de lui échapper et ce d’autant plus qu’à ce niveau archaïque se superpose un autre niveau, oedipien celui-là, lié à la différence des sexes, aux enjeux de séduction et de rivalité. En laissant la médecine prendre toute le place, on a perdu l’accès au féminin et vidé la naissance de son contenu subjectif. Cela a été rendu possible grâce à la péridurale qui escamote les processus psychiques et pathologise l’accouchement tout en lui donnant un aspect normal et normatif.

Bonne lecture...

Brigitte Dohmen

 

Ce numéro est consacré plus particulièrement à des médiations qui peuvent être utilisées dans le travail analytique quand l’association libre ne suffit pas.

Sander Kirsch nous présente tout d’abord une nouvelle catégorie diagnostique qu’il a développée : l’état de choc figé. Quand une personne vit une situation de choc, quelque soit son âge, elle passera par différentes étapes pour l’intégrer : l’impact, le recul et le rétablissement. Si ce processus n’a pas pu se faire pour une raison ou l’autre, la personne reste en choc chronique. Toute sa structuration psychique s’organise désormais autour des défenses contre le choc. Celles-ci sont à la fois psychologiques mais aussi et surtout physiologiques. A notre époque, un certain nombre de patients et de thérapeutes sont en réalité des personnes en choc figé. Sander Kirsch nous donne des clés diagnostiques corporelles et psychiques pour repérer un choc figé. Les expériences de la vie qui provoquent un état de choc sont les traumatismes physiques et les maladies, les traumatismes émotionnels et les stress de la vie. Il nous en décrit un certain nombre. L’établissement du diagnostic est important parce que, nous dit-il, l’abord thérapeutique est différent quand il y a un choc figé. Pour arriver à le repérer, le thérapeute doit procéder à une anamnèse directive et Sander Kirsch nous propose d’établir avec le patient une « ligne de vie ». C’est la structure de la répétition plus que son contenu qui est indicatrice de ce diagnostic. Dans le travail thérapeutique aussi, le thérapeute sera plus actif qu’à l’ordinaire. L’établissement d’une alliance de travail est indispensable et l’analyse du transfert ne pourra se faire que beaucoup plus tardivement dans le travail thérapeutique. Le thérapeute devra prendre comme allier le moi-observateur rationnel du patient. Il devra faire face à des réactions contre-transférentielles intenses et accepter d’être « l’ennemi ». Toute la difficulté du travail est d’arriver à vaincre le déni du patient sans le faire rentrer en choc. Sander Kirsch aborde enfin des techniques pouvant aider ou au contraire figer le travail thérapeutique avec ce type de problématique.

Raymonde Berte nous propose le travail de groupe comme apport différent de celui de l’analyse individuelle. Elle nous présente l’évaluation qu’elle a faite d’un groupe thérapeutique au long cours dans lequel elle était « participante réfléchissant et analysant ». Ce groupe thérapeutique a commencé dans les années septante et est parti d’une approche assez directive et confrontante, intégrant différentes techniques psycho-corporelles mêlant l’humanisme californien aux philosophies orientales pour s’orienter progressivement vers un travail plus analytique d’orientation kleinienne. Celle-ci lui paraît très compatible avec le travail corporel parce que s’intéressant à la relation préverbale, aux émotions, au toucher, aux enveloppes psychiques, etc. Il s’agit d’un groupe continu se réunissant régulièrement avec un animateur analyste. Il n’y a pas de contact entre les participants en dehors du groupe. Le cadre est donc bien défini. Il n’y a pas de durée préétablie à la participation de chacun dans le groupe. C’est laissé à l’appréciation de chacun. Mais il semble qu’un grand nombre d’entre eux ne le quitte pas. Tout ce qui se passe lors du groupe, y compris les activités du quotidien, est susceptible d’être repris, travaillé, analysé dans celui-ci. Raymonde Berte relève que le groupe offre un cadre qui permet des « régressions très profondes réveillant des blessures précoces » non révélées par l’analyse classique. Le groupe permet la confrontation avec une diversité d’expériences et d’histoires qui aident à la mise en évidence de certains éléments de son passé et à la prise de conscience de celui-ci. Raymonde Berte a tenté un travail d’évaluation de cette expérience en définissant un certain nombre d’items et en se basant sur l’interview des participants et de l’animateur. Ceux-ci rapportent que le groupe les a aidés pour un certain nombre d’items sans pour autant répondre à des attentes idéalisées. Un des items les plus probants est la santé, un des moins est la sexualité.

Monique Tiberghien aborde la technique du rêve éveillé comme une médiation intéressante pour favoriser l’évolution psychothérapeutique. Tout rêve peut être interprété de façons différentes et notamment comme un « intermédiaire entre la parole et le corps ». Dans ce travail, les images obtenues dans la séance, qu’elles soient nocturnes ou diurnes, sont « explorées dans leur impact corporel et émotionnel puis reliées à la symbolique ». Le rêve éveillé favorise la création d’images nouvelles qui relancent le processus d’évolution. Monique Tiberghien décrit ce processus selon trois axes. Tout travail sur le rêve peut être vu comme une vague avec ses mouvements de sac et de ressac : après un temps d’immobilisme ou de résistance, la vague se met en mouvement et monte jusqu'à un point de créativité, de dynamique nouvelle, puis elle se retire pour laisser un temps d’intégration de ce qui vient de se produire. Elle arrive alors à un point frontière, état particulier de présence à soi-même. Ensuite une autre vague peut démarrer. Le second axe part du connu pour évoluer vers l’inconnu, la spontanéité, l’éveil de la capacité de rêver. Pour pouvoir se laisser aller, il est utile d’avoir un « lieu de rêve », une image protectrice qui « servira de paravent pour les excitations trop grandes » . L’inconnu est annoncé dans le rêve par un « franchissement de seuil » qu’il est important de pouvoir reconnaître. Le troisième axe concerne plus particulièrement les rêves qui parlent de traumas. Dans ce travail, les personnes qui ont vécu des traumas les représentent successivement, au fur et à mesure de leur évolution, par des images minérales d’abord, végétales ensuite, puis animales, pour aboutir enfin à une représentation humaine de leur trauma. Monique Tiberghien a éclairé notre compréhension de ce travail en l’illustrant par de nombreuses vignettes cliniques.

Marie Romanens et Jean-Michel Desmarais nous parlent ensuite de l’utilisation du mythe du héros comme une métaphore du travail psychothérapeutique. « Le héros est une dimension intérieure essentielle. » Joseph Campbell a décrit la structure du mythe du héros. Celui-ci représente le processus évolutif de la personne qui cherche à développer sa personnalité, qui n’évite pas les remises en question pour arriver à un changement créatif et productif dans sa vie. Campbell reprend les étapes successives par lesquelles passe le héros dans son voyage initiatique : il y a un appel au changement qui devra être répété, puis le rencontre avec les différents niveaux de résistances. Chemin faisant le héros découvre aussi des supports qui l’aideront dans ce processus. A un moment, il a franchi un point de non-retour et rencontrera alors ses résistances les plus fortes. Il doit mourir à ce qu’il était pour renaître à quelque chose de nouveau. Sa transformation accomplie, il lui faut encore l’intégrer dans sa vie intérieure. Ce mythe du héros représente à la fois le mouvement de la vie et tout processus d’évolution.

Brigitte Dohmen aborde enfin le thème de la peau et du toucher en tant qu’instrument de structuration du psychisme. Elle aborde d’abord la place du toucher dans notre culture. Bien que ce soit l’organe des sens le plus précoce et le plus important pour la survie, il est marqué par un tabou lié, selon elle, au fait que nous ayons été peu ou mal touchés dans notre enfance. Elle envisage ensuite le point de vue de différentes théories concernant ce sujet et tout d’abord la position de Freud. Pour celui-ci, le Moi se construit à partir des sensations corporelles mais, dans sa pratique, il met le toucher à distance pour s’en protéger. M. Klein innove en se penchant sur les aspects archaïques chez le nourrisson et en mettant l’accent sur la relation précoce au corps de la mère. Winnicott décrit le processus de développement psychique du nourrisson à l’intérieur de la relation affective avec la mère qui lui sert de système pare-excitation. E. Bick met l’accent sur l’importance de la peau chez le nourrisson. Le bébé vit des angoisses d’écoulement et doit être contenu par une peau extérieure à lui (la mère). Il intériorise cette fonction contenante de la mère et développe la conscience de sa propre peau. Bion étudie le développement des processus de pensée chez le bébé et met l’accent sur le rôle de l’émotion. Sa théorisation s’articule autour d’une fonction contenant-contenu représentée par la mère et intériorisée par le bébé ensuite. Anzieu envisage le Moi sous forme de Moi-peau, ayant une structure d’enveloppe. Il étudie le processus de constitution du Moi-peau et ses fonctions. Il accorde une importance très grande à l’interdit du toucher que ce soit dans le développement de l’enfant et dans la cure analytique. G. Haag se penche sur l’élaboration du Moi corporel de l’enfant, de même que R. Sandri. Brigitte Dohmen déduit de ces théories des éléments qui donnent une justification à l’utilisation du toucher dans la thérapie de type analytique.

Brigitte Dohmen

 

Cette revue est axée sur les problèmes périnataux et leur impact sur le développement psychique. En effet, notre journée d’étude a été consacrée aux « mémoires traumatiques du nouveau-né dans les psychothérapies d’adulte ».

Notre premier intervenant fut le Docteur Daniel Stern. Celui-ci attira notre attention sur l’importance d’aborder le sujet du point de vue du bébé et non du point de vue de l’adulte sur le bébé. Pour l’enfant, est traumatique ce qui sort de ses habitudes, ce qui est exceptionnel. En effet, le nourrisson a une grande aptitude à repérer les patterns de répétition, ce qui implique une mémoire. L’enfant crée, à partir des expériences qu’il a avec son corps, des prototypes d’expérience, c’est-à-dire des représentations généralisées de celles-ci. Cela lui permet de repérer ce qui est habituel et de développer des attentes. Le traumatique, c’est un événement inhabituel qui vient rompre la toile de fond que l’enfant a tissée auparavant. En regard de cette définition particulière, toute situation qui s’est mise en place progressivement ou qui est répétitive ne peut être considérée comme traumatique.

Une autre particularité de « l’infans » est son incapacité à construire une narration qui relaterait son expérience. Le nourrisson a le sens du rythme et de la temporalité de l’expérience mais il ne peut la mettre en mots avant deux ans et demi. Il fonctionne dans le monde de l’implicite. L’explicite, c’est-à-dire le verbal et le symbolique, vient plus tard. L’implicite ne pourra jamais être totalement mis en mots. Dans la thérapie aussi, les choses les plus importantes se passent dans l’implicite. Tout cela nous montre que le nourrisson est finalement beaucoup plus proche de l’adulte qu’on ne veut le reconnaître habituellement.

Bernard Durey nous a ensuite partagé son hypothèse que l’être humain s’élabore psychiquement dès la conception. Cette élaboration est tributaire à la fois de l’énergie propre de cet enfant en devenir et de toutes les projections qui le précèdent et l’accompagnent. Bernard Durey se réfère à l’embryogenèse pour mettre en place une clinique du soin pour les enfants gravement perturbés. « D’abord le corps sinon rien, puis développer les potentialités pour ensuite les exploiter. » Il nous parle de son travail avec les enfants autistes relaté dans son livre « Autismes et humanité ». L’autiste est en manque de marque. Comment mettre en place cette écriture et permettre un « recommencement » réussi? Ces enfants restant en deçà de la surface perceptive ne sont pas accessibles au symbolique. Ce qui importe avec eux est de mettre en scène des situations équivalentes à ce qui aurait dû avoir lieu pendant la gestation et après la naissance afin de permettre un ancrage affectif et stimuler l’éveil des moyens sensoriels. Dans cette structure de soins, l’enfant est pris en charge par un couple réel en contact avec la famille d’origine qui est suivie et s’intègre aux soins si elle en est capable.

Des repères temporels et sensoriels sont donnés aux enfants pour mettre en place une fiabilité du cadre et des « scènes de réalisations symbolisantes », l’une étant le bain en rappel de la vie dans le liquide amniotique. En fonction de l’évolution de l’enfant, les scènes de réalisations symbolisantes laissent la place à des scènes de représentations symbolisantes comme la constitution d’un album de photos reprenant l’histoire de l’enfant. Ensuite vient la psychothérapie individuelle de l’enfant.
Suite à cette expérience, Bernard Durey a ensuite développé un travail d’interventions programmées en institution pour polyhandicapés. Ce travail vise à redonner du sens aux actions des soignants. Il y prescrit « des scènes équivalantes aux soins donnés aux nouveau-nés en insistant sur l’importance des repères affectifs et sensoriels ».
Il propose le même genre de travail avec les personnes qui ont vécu un traumatisme d’abandon précoce.

Sander Kirsch nous présenta son travail et ses hypothèses concernant les problématiques périnatales. Les patients concernés par ces problèmes archaïques ont souvent un fonctionnement particulier par rapport au temps et à l’espace  et ont dès lors des difficultés à s’adapter au cadre analytique classique. Ces patients font aussi des transferts très intenses et souvent difficiles à gérer. Avec eux, « l’expérience partagée précédera toujours la verbalisation et la symbolisation. »
Selon Sander Kirsch, les modèles linéaires et ceux du langage n’aident pas à décoder le monde des patients à problématiques périnatales, c’est pourquoi il a cherché des modèles d’explication du côté du corps. Il se réfère à différents auteurs qui l’ont aidé à structurer sa pensée à ce sujet. De l’embryologie à la physique quantique en passant par l’éthologie, il nous fait entrer dans le monde « implié » de ces problématiques.
Du côté des psys, il cite Bernard Durey qui considère que la structuration fondamentale de l’individu se met en place lors d’une période qui va de la fécondation au stade du miroir. De même, « le corps est le lieu de l’inscription signifiante fondamentale ». Dans son approche thérapeutique, il s’agit de permettre des expériences d’une relation corporelle et affective à deux. « Le touchant-touché fonde et annonce le signifiant-signifié ».

Il nous parle ensuite de Daniel Stern qui décrit également une structuration du bébé bien avant le langage, sur un mode beaucoup plus circulaire que linéaire. Sa théorisation des différents domaines du sens de soi et d’un développement précoce de la psyché ouvre un espace de liberté dans le travail psychothérapeutique.

Sander Kirsch se réfère aussi au travail de refacilitation de naissance de William Emerson. Celui-ci situe le développement d’un soi noyau dans le deuxième trimestre de la grossesse. Le foetus est déjà capable de construire ses défenses. Dans son travail extrêmement empathique avec les bébés, il s’utilise comme « appareil à penser » les émotions brutes de celui-ci.

Sander Kirsch propose que le thérapeute en fasse autant avec des adultes aux problématiques archaïques. Il considère celles-ci comme des crises développementales plutôt que des traumatismes parce que l’individu a continué à se structurer à travers et en fonction de ces crises. Cependant certaines situations vécues in utero ou peu après la naissance laisseront une empreinte définitive. Pour lui, la vie psychique se met en place dès la conception et la vie intra-utérine n’est pas toujours paradisiaque.

Pour aider les patients adultes avec une problématique périnatale, il faut un vécu émotionnel partagé entre le thérapeute et son patient. Cela stimule évidemment son contre-transfert. La thérapie est l’apprentissage de la création d’un lien positif avec l’autre, avec ce que cela implique d’engagement de la part du thérapeute. Certains aménagements du cadre peuvent aider ce travail. Sander Kirsch insiste sur l’importance du travail corporel dans ces situations. Celui-ci est une mise en acte relationnelle structurante. Le toucher utilisé est un toucher confirmant et non un toucher érotisant. Sander Kirsch définit ce travail comme « intensément émotionnel de forte proximité ».

Le Docteur Annette Watillon a enfin abordé le traumatisme comme un événement qui dépasse les défenses du sujet. Il devra être soit abréagi soit élaboré pour pouvoir être intégré psychiquement. Le tout jeune enfant a plus de risque d’être débordé dans ses défenses, celles-ci étant encore peu élaborées. Il est de plus dépendant de la réaction de ses parents à l’événement : ceux-ci peuvent être débordés eux-mêmes ou être inattentifs ou inconscients de l’impact de l’événement pour l’enfant. Le traumatisme altère la confiance de l’enfant dans son environnement et son sentiment de toute-puissance. Il y a des conséquences sur la construction du Moi, sur l’agressivité tant vis-à-vis de l’autre que de soi-même, sur l’image de soi. En ce qui concerne les défenses, il peut y avoir clivage, enkystement, refoulement de la représentation ou remaniement après-coup. Annette Watillon développe cette notion d’après-coup dans la foulée freudienne : notre psychisme reprend et retravaille nos souvenirs pour en effacer le côté difficile. Elle illustre cette notion par deux cas cliniques fort intéressants. Dans la thérapie, l’enfant peut se réapproprier des traces perceptives auparavant bloquées grâce à une mise en mots et une détoxication affective. La cure analytique fonctionne donc elle aussi comme un après-coup. Annette Watillon nous présente ensuite des situations d’adultes névrosés présentant des troubles importants de l’orientation dans le temps et l’espace en lien avec des situations traumatiques précoces. Ces événements traumatiques doivent pouvoir être abréagis et représentés de façon à sortir de la répétition.

Nous vous présentons ensuite le débat qui a suivi ces présentations.

Vous aurez enfin l’occasion de lire un texte qui reprend les observations faites par Brigitte Dohmen dans le cadre de sa pratique de préparation affective à la naissance. Elle constate que la vie psychique du bébé existe dès le début de la grossesse. Le bébé in utero est un être affectif avide de contacts avec le monde extérieur et qui semble apte à les différencier. Il a aussi la capacité de manifester des émotions différenciées à travers la qualité de ses mouvements. Elle observe par ailleurs que ce bébé in utero repère les émotions de sa mère mais ne semble pas s’y identifier. Il a une vie affective déjà autonome. Les bébés in utero ont une relation intense avec leur jumeau et également avec leurs frères et sœurs déjà nés.

Apprendre aux parents à développer une relation affective et confirmante avec leur bébé in utero favorise l’installation d’une sécurité intérieure profonde chez ceux-ci.

Brigitte Dohmen aborde l’impact de ce type de démarche sur la relation qui s’établit entre le bébé et ses parents, sur la relation du couple, sur le vécu de la mère et celui du père. Elle décrit l’accouchement comme une aventure à trois dans laquelle les parents sont acteurs et prennent en charge affectivement la naissance de leur bébé. La naissance représente un événement traumatique pour le bébé, d’où l’importance de l’accompagner, de lui donner un contenant. Brigitte Dohmen nous parle ensuite d’un accompagnement du bébé après la naissance fait à la fois d’attachement et de détachement, de prise en charge des besoins et de respect de l’autonomie du nourrisson.

Brigitte Dohmen

 

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