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ÉDITORIAUX de la Revue

Nous avons décidé de centrer cette nouvelle revue sur « Ce qui est opérant dans la cure » – pour reprendre le titre d'un ouvrage récent (Balestrière, L.,Godfrind, J., Lebrun, J-P., Malengreau, P.: Ce qui est opérant dans la cure. Des psychanalystes en débat. Ramonville Saint-Agne, Érès, 2008), autrement dit, sur les facteurs qui favorisent le changement au cours d'une psychothérapie. Pour ce faire, nous avons comme à l'accoutumée fait appel à un ensemble de praticiens issus d'horizons multiples et intéressés par l'énigme de ces transformations intimes.

Nathalie Monnin Gallez nous vient de Suisse, et c'est avec grand plaisir que nous accueillons dans notre revue cette art-thérapeute qui a fait de la médiation artistique l'essentiel de son dispositif thérapeutique.

Décrivant en parallèle les cheminements artistiques et les processus psychiques déployés par trois patients suivis au long cours, elle pose un certain nombre d'hypothèses sur l'indication des médiations plastiques pour des personnes présentant d'importantes difficultés relationnelles.

Pour ces sujets, l'art-thérapie propose en effet une approche moins menaçante que l'échange verbal en face-à-face, en permettant de travailler la relation à l'autre et à soi-même de manière indirecte, « dans un espace à trois : le patient, sa production et le thérapeute, dans un cadre où le processus créatif, l'imagination, la sensorialité, le plaisir d'expérimenter plutôt que réussir sont centrales ».

Son fil rouge reste néanmoins la pensée analytique, et l'absence d'induction – de thème ou de technique – vise à favoriser l'expérience subjective du patient. Offrir telle matière, tel outil, tel support, telle technique peut être perçu comme une métaphore et ainsi être considéré comme un équivalent d'interprétation.

À partir de l'imaginaire, le patient pourra se réapproprier la réalité et s'y trouver une place plus confortable, en réinventant un monde qu'il façonnera de manière à le maîtriser. Car celui qui manipule et modifie l'objet se transforme aussi lui-même.

Analysant avec finesse tous les aspects transférentiels et contre-transférentiels de sa relation avec ses patients, Nathalie Monnin Gallez montre comment elle les interpelle en douceur, en respectant le rythme de chacun dans un entre-deux fait d'aller-retour tantôt ludiques, tantôt confrontants. Ces passages entre imaginaire et réalité permettront d'apprivoiser une première expérience de l'altérité, et le changement résultera moins d'une activité interprétative que de la capacité du thérapeute à renvoyer au patient son identité véritable.

Une magnifique introduction à notre approche de psychothérapie psychanalytique à médiations.

Brigitte Dohmen, dans son article « L'urgence psy en périnatalité » nous livre ici un texte fort et poignant sur son expérience en périnatalité.

Comment, en effet, ne pas être bouleversé par tous ces récits d'interventions de crise – où, souvent, la vie de la mère ou du bébé sont en jeu –, et devant l'intensité des réactions des parents ou du personnel soignant ?

L'auteur nous offre un panel des différentes situations rencontrées dans sa pratique, qui illustreront à foison en quoi consiste cette clinique périnatale : toutes les problématiques rencontrées avant, pendant et après la grossesse, qu'elles soient d'origine psychologique ou en lien avec un problème physiologique, depuis la question du désir d'enfant jusqu'aux problématiques de deuil, de dépression postpartum et de troubles psychologiques dans la famille.

Cette pratique intense confronte à l'archaïque, parfois avec une grande brutalité, sans que le thérapeute ne puisse se retrancher derrière ses habitudes protectrices – un cadre fixe dans un cabinet sécurisant. Ce travail clinique, au sens propre du terme – c'est-à-dire littéralement « au lit du malade », avec la télévision allumée, le téléphone qui sonne, le personnel médical qui circule –, nécessite la mise en place d'un setting particulier, où c'est le corps et la présence du thérapeute qui créeront l'enveloppe permettant d'instaurer le contenant nécessaire. Et l'empathie chaleureuse du soignant permet alors que « quand la souffrance déborde des mots et des défenses, (...) ces personnes ne se sentent pas seules. (...) Nous sommes les garants qu'elles n'aient pas perdu contact avec le monde des humains. »

Une clinique toute particulière donc, qui nécessite certainement une formation spécifique, ce dont Brigitte Dohmen nous convainc totalement. Un article bouleversant, et particulièrement interpellant.

Pour Monique Liart, dans son texte « Le corps et l'écrit », la question du phénomène psychosomatique (PPS) pose d'emblée la question du rapport entre médecine et psychanalyse. C'est en effet à l'interface entre ces deux disciplines que le PPS se situe ; sans en nier l'origine organique, la psychanalyse voit en effet dans celui-ci la trace d'une écriture inconsciente. Loin de refuser l'apport de la médecine, elle y arrime la dimension supplémentaire d'une recherche de sens.

Contrairement à la maladie organique, qui colle au corps, et au symptôme hystérique, qui n'affecte qu'un corps imaginaire – sans lésion donc –, le PPS se situe à la fois dans le corps et aussi hors corps, parce qu'il est relié à la pulsion et au signifiant. Comme le dit Lacan, le corps est « attrapé » par le discours, et le PPS s'inscrit de ce fait dans le réel du corps, il s'imprime à même la chair, à l'insu du sujet, sans que celui-ci ne puisse émettre la moindre explication. Le psychanalyste est donc là convoqué à déchiffrer ce qui apparaît comme une énigme.

Prenant distance face à des théories telles que celles de l'École de Paris, avec Pierre Marty et ses observations de « pensée opératoire » et de « pauvreté du fantasme », l'auteur souligne que ces hypothèses ne se vérifient pas dans tous les cas.

Le PPS, lui, doit répondre à trois critères : primo, une lésion organique ; secundo, résister à l'interprétation en termes de métaphore ; tertio, on doit pouvoir en démontrer le lien avec l'histoire signifiante du sujet.

Il n'y a donc pas de « type psychosomatique », le PPS pouvant apparaître dans toutes les structures cliniques classiques : névrose, psychose ou perversion. Mais alors que la conversion hystérique se situe du côté du signifiant, le PPS est de l'ordre de l'écriture hiéroglyphique : le corps va, en effet, jusqu'à se laisser aller à écrire. Même si nous avons du mal à le déchiffrer, quelque chose est écrit dans le corps ; mais cet écrit est en lien avec la jouissance, et « c'est par la révélation de la jouissance spécifique qu'il a dans sa fixation qu'il faut toujours aborder le psychosomatique » dit Lacan.

Dans la cure, le sujet devra pouvoir s'avouer à lui-même la satisfaction qu'il trouve dans sa maladie, et ainsi transformer le PPS en symptôme. Cessant d'être un signifiant gelé, son inscription se fera ailleurs que sur le corps réel et deviendra une question sur le désir.

Monique Liart, et c'est sans conteste une prouesse, parvient en tout cas à déchiffrer pour nous et à rendre lisible le discours particulièrement énigmatique d'un Lacan adepte de formules qui n'ont souvent rien à envier aux hiéroglyphes...

Dans son article « La psychothérapie de couple, espace d'élaboration d'une blessure commune », Paul Kestemont montre comment il utilise certains concepts de la thérapie de groupe, et notamment celui d'un « inconscient du couple » et de son fonctionnement par diffraction, pour les appliquer à cet ensemble limité à deux personnes.

Une des spécificités de son approche consiste également à travailler en co-thérapie plutôt qu'en solo, ce qui l'aide à déjouer les pièges d'alliance et de contre-alliance avec l'un des conjoints.

Paul Kestemont se réfère aussi à la méthodologie sophia-analytique, et divise l'entretien en trois parties : une phase de clarification, suivie d'un temps de réflexion entre les thérapeutes puis d'une restitution au couple. Au cours de ce processus, il instaure une dialectique entre une dimension psychanalytique centrée sur l'histoire du sujet, et une dimension existentielle polarisée sur l'ici et maintenant, sans oublier les questions de transmission intergénérationnelle.

Dans une vignette clinique fort illustrative, il expose ensuite très clairement comment les partenaires se rencontrent souvent autour d'une blessure commune – ici, un profond sentiment d'abandon.

Le décours des séances dévoile un jeu de forces antagonistes – résistance à la thérapie / désir de changement – diffracté au sein de la dyade et porté par un inconscient groupal. Les blessures d'enfant réactualisées se manifestent tantôt par des projections, tantôt par des identifications projectives des thérapeutes, et l'on verra bientôt le couple se métamorphoser en espace de soin mutuel, lorsque la défusion se manifestera.

L'intéressante analyse de la relation tranféro-contretransférentielle montre également comment la réactivation de la blessure originelle se réactualise au sein même de la dynamique des thérapeutes, quand se posera la question de « garder ou non » l'enfant représenté par le couple lui-même.

Un travail tout en profondeur et, surtout, en tact et respect, qui suscite vivement notre admiration.

Dans son magnifique article « Où sont les bébés avant de naître ? », Rosella Sandri rapporte la cure psychanalytique d'une jeune femme ayant traversé plusieurs fausses couches ainsi qu'une grossesse extra-utérine avant de pouvoir donner naissance à son enfant.

Celle-ci vivait, avec sa mère interne, une relation de dépendance parasitaire qui l'empêchait non seulement de se séparer d'elle, mais également de grandir et de se développer dans ses aspects les plus créatifs.

Rosella Sandri montre comment le déploiement d'un espace psychique interne, dans lequel le lien avec une mère intérieure nourricière a pu se développer, fut un préalable pour que cette jeune femme puisse devenir mère.

Son expérience de l'observation du bébé selon Esther Bick, toujours à l'arrière-plan, a représenté une base solide dans l'accompagnement de ces femmes faisant état d'une grande fragilité psychique au cours de cette période sensible. Mais c'est surtout son travail sur les rêves – généralement très présents au cours des derniers mois de grossesse – qui lui ont permis de mieux comprendre les angoisses particulières que les femmes éprouvent quand elles sont enceintes.

Cet article captivant nous permettra de suivre pas à pas toute l'évolution du développement de cet espace psychique interne, à la recherche du « bébé perdu », et peut-être même de découvrir où sont les bébés avant de naître...

Dans un dernier article de mon cru, « L'importance de l'ici et maintenant : la force du moment présent en psychothérapie psychanalytique », je livre ici ce qui m'apparaît comme l'aboutissement de mes recherches sur ce qui est essentiel dans le processus thérapeutique, et ce texte vient clôturer une série de réflexions sur ce même thème, parues dans les numéros précédents. Il ponctue également en point d'orgue mon engagement en tant qu'éditeur responsable de la revue, que j'ai eu le privilège d'animer avec plaisir pendant une dizaine d'années.

Au cours de ma carrière de psychothérapeute, s'est imposée à moi la forte conviction que l'essentiel de la cure se jouait dans l'instant présent. La prise en compte de l'ici et maintenant dans la relation patient-analyste est même, à mon sens, un des leviers majeurs du changement thérapeutique : la petite lucarne au travers de laquelle tout l'univers se dévoile.

Après quelques considérations philosophico-psychanalytiques sur le temps et la difficulté de se poser dans le temps présent, je montre ici comment l'angoisse, et la souffrance qui en découle, sont en réalité une pathologie de la présence. Un détour par diverses formes de psychothérapies, dont la gestalt-thérapie et la psychothérapie existentielle, me conduisent ensuite naturellement à investiguer cette question du temps présent dans le champ de la psychothérapie psychanalytique ; au-delà de la notion de réactualisation du transfert, j'explorerai plus en détail le concept de « microtransformations en séance » tel que décrit par Antonino Ferro.

Enfin, au travers d'une série d'exemples et de situations cliniques, je relèverai les interventions qui peuvent favoriser l'émergence de cet instant présent : la qualité de présence, le regard et le face-à-face, la créativité, la surprise, l'humour, le jeu et l'approche corporelle, mais aussi le travail du rêve et – surtout – le silence...

Je reprends ici ce qui m'apparaît être l'essentiel de ma conclusion :

« Pour qu'il y ait changement, il faut qu'il y ait une vraie expérience d'un événement vécu réellement, ce qui implique de vivre des sensations et des émotions qui ne peuvent se vivre qu'à l'instant présent, dans un monde réel avec de vraies personnes : un thérapeute vivant et présent. (...) À ce niveau d'engagement où sont investis thérapeute et patient, on pourrait parler – osons le mot – "d'amour pur" : un être se donne à un autre et permet qu'à travers lui se rejouent de nouvelles donnes. C'est ce qui à mon sens constitue véritablement le corps de la thérapie... »

N'est-ce pas là tout l'enjeu, à Psycorps, de notre approche de Psychothérapie Psychanalytique à médiations ?

Une toute bonne lecture,

                                      Jacques Van Wynsberghe

À l’époque actuelle où tout le monde parle de crise, nous avons pensé partager avec vous une vision des crises psychiques.

Dans cette revue du printemps 2014, nous innovons totalement par la présentation en couleurs de dessins d'enfants en souffrance, dans le premier texte écrit par Virginie Plennevaux et Stéphanie Garbar. Elles retracent cinq années d'expérience clinique d'un travail de groupe original avec des enfants vivant une séparation conflictuelle de leurs parents. Ces enfants, en grande souffrance psychique, développent des mécanismes de défense spécifiques les aidant à lutter contre les angoisses qu’ils ressentent suite aux conflits très graves et violents qui divisent leurs parents.
Le groupe constitue, semble-t-il, un moi-auxiliaire qui compense les systèmes défensifs mis en place contre l’anéantissement des enfants concernés.
Quand des enfants d’une même fratrie énoncent que : « Une semaine, on prépare la guerre, l’autre, on la fait », le lecteur aura compris combien les enfants sont utilisés comme arme de guerre par des parents se trouvant dans l’incapacité de reconnaitre leur propre souffrance et celle de leurs enfants.
Les auteures de cet article passionnant nous partagent leurs réflexions et toute la profondeur de leur travail de groupe avec ces enfants démunis,
victimes de violences parentales dissociatives pour leur édification psychique.
Ce très bel apport écrit, complété par des dessins, présente un outil de travail plein d’espoir pour le devenir de ces enfants sacrifiés.

Dans son exposé fouillé à propos des « Crises et institution de soins », Luc Laurent nous fait découvrir les arcanes du fonctionnement interne d’un institut médico-pédagogique de grande taille tout au long de ses quarante années de pratique clinique et d’évolution institutionnelle.
Ce document nous permet d’avoir une vue globale d’une grande institution et d’entrevoir la place qu’y occupe le psychanalyste en constant questionnement.
Il y existe un esprit de famille, dû à la fondatrice de l’institution, et que Luc Laurent souligne de façon permanente, tout en analysant les crises institutionnelles se suivant selon un cycle immuable.
Il nous dépeint, avec finesse et nuances, le portrait vivant de ce lieu d’accueil en insistant sur le fait que : « nous devons sauvegarder un héritage
tout en évoluant ».
Ce qui est attachant dans cet écrit, c’est le ton mesuré et apaisant de Luc Laurent, qui apporte un éclairage positif dans notre société en mutation.

Ensuite, Marianne Dalmans décrit en des mots percutants le passage insidieux de la société non-marchande défendant des combats collectifs vitaux, à la société néolibérale actuelle, exemplaire d’un harcèlement moral plus global, « justifié » par le rendement.
Elle tisse une fine analyse du système mis en place avec un glissement lent et dangereux des idéaux sociaux de l’après-guerre vers celui d’un contrôle social dur, voire agressif. Nous sommes passés de l’« État Providence » à l’« État social actif », issu de l’idéologie néolibérale d’aujourd’hui.
« Les objectifs d’aide » se sont transformés à la fin des années 90 vers « l’activation » des usagers en difficultés majeures par des travailleurs sociaux contrôlés par une hiérarchie managériale digne des entreprises, où la productivité et la rentabilité constituent l’idéologie dominante.
Comment aider quelqu’un si l’on est soi-même écrasé par un système à la dérive ? Où sont passés les idéaux qui sous-tendent le secteur psychomédico-social ? Même le mot « gérer» est sur toutes les lèvres à titre individuel.
Le sens du collectif est à l’agonie, et Marianne Dalmans nous le démontre avec force en reprenant un à un les facteurs qui amènent les travailleurs sociaux dans la souffrance et une perte du sens de leur engagement viscéral et plein d’humanité.
Son texte est interpellant par sa clarté et son élaboration donnant une vision globale d’un monde où la reconnaissance des droits élémentaires de l’homme est en péril.

Brigitte Dohmen poursuit en évoquant « Le harcèlement moral entre pairs. » Elle nous livre ici une vision fouillée de la personnalité et du modus operandi des harceleurs, en étayant son propos de situations cliniques de harcèlement entre psys.
L’auteure nous décrit les visages masqués de ces collègues œuvrant dans la relation d’aide où le psychisme est mis à la disposition de l’aidé. Ces professionnels, de bonne réputation par ailleurs, peuvent, au sein de leur propre équipe, aller jusqu’à une véritable mise à mort organisée d’un de leurs pairs. Ils agissent au niveau de l’indicible, celui que l’on ne repère pas d’emblée, ni en cours de route, tant il s’avère subtil et sournois, en aliénant les autres comme spectateurs indifférents sinon complices ou rieurs.
C’est la perversité narcissique, dénuée de culpabilité et de remord, désaffectivée, opératoire.
Il faudra l’épuisement et l’effondrement du harcelé, pour qu’en coulisses, les manœuvres dilatoires s’éclairent enfin.
Cet écrit de qualité nous rappelle combien ce secteur est vulnérable et sans défenses s’il ne se fait pas aider par un tiers, externe à l’institution.

Nous poursuivons la lecture de la revue par l’article de Danièle Deschamps qui nous parle avec subtilité de l’intime du sujet alors que tout s’expose aujourd’hui.
Cette psychanalyste évoque une patiente en mal de contenant à l’égard de ses deux petites filles, ce qui la ramène à l’exposition parentale impudique qu’elle a vécue enfant et qu’elle éprouve à nouveau avec l’attitude et les confidences de son père, hospitalisé.
Ensuite, après un passage de supervision d’Antonino Ferro, l’auteure aborde la maladie de Remy Droz, professeur de psychologie en Suisse, et qui a écrit Mon cerveau farceur. Il nous livre ses questions face à son épreuve, dont la prise de conscience que son inconscient le trahira et que son masque tombera. Rémy Droz se situe loin des bonnes idées des bien-portants qui lui suggèrent de « tenter de faire une expérience enrichissante » de sa maladie. Sa réalité à lui, c’est sa rencontre, un matin, avec Sa mort. Il a gardé leur entretien pour lui, tout en nous révélant que Sa mort lui a accordé un sursis généreux. Ce témoignage est extrêmement émouvant, parlant peut-être encore d’avantage à ceux qui vivent ce sursis.
Elle évoque enfin un très beau passage issu d’un film où une jeune femme arabe, d’un pays occupé, en guerre, parle d’elle à son mari inconscient, gravement blessé, et où elle se révèle à elle-même ce qu’elle n’a jamais dit. Par sa propre parole, elle espère la guérison de son enfermement. Cette place d’écoute silencieuse peut être aussi celle des soignants qui font l’expérience de l’intime s’ils l’acceptent comme un cadeau imprévisible et magique qui les engage corps et âme jusqu’au moment du grand passage…

Par « Joyce McDougall, de l’inspiration pour sortir d’une impasse », Marie-Pierre Sicard Devillard nous transporte, pour le dernier article de cette revue, vers la formidable ouverture apportée par la grande psychanalyste Joyce McDougall pour le travail avec des patients anti-analysants, ceux-là même qui nous font souffrir parce qu’ils refusent l’expérience de mutation que constitue l’analyse qu’ilsont eux-mêmes entreprise.
Par ses lectures des textes de Joyce McDougall, l’auteure nous fait réfléchir à notre inertie et à notre découragement face à des patients coléreux et plaintifs, car tout désir est mortifère pour eux.
Comment sortir de cette impasse désespérante ? Une hypothèse est de reconnaitre cette autre façon de penser que ces analysants ont et tentent de nous faire partager. Cette écoute active et structurante qu’ils nous demandent et attendent de nous peut amener chez eux un changement et une ouverture dans leur positionnement subjectif.
Ce bel article termine la découverte de notre 18ème revue de ce printemps 2014.

Bonne lecture,

Anne Chotteau

Le Docteur Annette Watillon-Naveau, psychiatre et psychanalyste, nous livre son travail avec des enfants de la naissance à cinq-six ans dans le cadre de thérapies conjointes avec les parents.
Dans son propos, elle développe les recherches actuelles en neurosciences, dont l’importance de l’influence du milieu sur l’enfant, l’existence de neurones miroirs, l’avancée de techniques chirurgicales in utero,…
Pour les thérapies conjointes avec le bébé, les parents et le thérapeute, le bébé ressent la place que lui fait l’analyste et lui donne sa confiance. Par ses jeux, il indique à l’analyste les non-dits familiaux, qui a alors à manier ces révélations avec délicatesse.
Les vignettes cliniques exposées par l’auteure parlent par elles-mêmes de la porosité précoce du bébé par rapport au vécu émotionnel et traumatique de sa famille.
Les troubles fonctionnels chez le petit enfant, hormis d’éventuels problèmes somatiques, ont principalement deux origines. Le docteur Watillon les illustre ici par des situations cliniques évocatrices et émouvantes où nous pouvons apprécier son charisme et sa grande expérience clinique.

Dans son texte passionnant, « L’adolescent et le psychothérapeute : Une rencontre critique ? », Michel Caillau, psychologue clinicien, présente cette relation sous un éclairage nouveau.
Pour lui, la rencontre entre un adolescent et un psychothérapeute est sans doute une « crise » en soi : l’adolescent ne désire souvent pas cette rencontre spécifique ; à l’exception de ceux, par exemple, qui, étant en institution, sont en quête de « relation » parce qu’ils ont connu de graves troubles…
Selon l’avis de ce clinicien, la rencontre psy-ado, y compris avec ses parents, se joue sur un autre terrain que celui classiquement nommé « crise d’adolescence » et ses bases historiques… cette classique confrontation des générations et des conflits d’opposition.
L’approche subtile de l’adolescent, toute en prudence et en nuance est très bien décrite. Dans un exposé clinique, en évoquant le « flou de son souvenir de la consultation, sept ans plus tôt », l’auteur évite l’écueil de « resservir de l’enfance à l’adolescent ». Il reçoit le jeune avec une page blanche, lui permettant de se déployer dans l’ici et maintenant, délesté du poids d’une ancienne consultation.
L’attention de Michel Cailliau se centre sur ce qui « fait crise » chez l’adolescent, dont la terreur du « penser », la « haine de la dépendance »,…
Le paradigme que Michel Cailliau propose en filigrane est donc celui-ci : c’est plutôt la prise en compte de ces délicats aspects, par le psychothérapeute, et notamment dans le maniement de son contre-transfert, qui va s’avérer être un moteur de changement psychique chez l’ado en souffrance au décours du processus de la psychothérapie, et plus encore dès les tous premiers entretiens.
Cet article, théorique et clinique, dense, construit, clarifie la position extrêmement complexe de l’adolescent.
Ce beau texte est plein d’humanité, délicat et également solidement étayé par le clinicien d’expérience qu’est Michel Cailliau.

Isabelle Tilmant, psychothérapeute, reprend d’emblée la notion de couple actuel plus floue et plus souple que celle du passé, voire fragilisée par les séparations et divorces.
Les illustrations qu’elle donne pour étayer ses propos nous apportent des images précises et réalistes de sa clinique créative, avec également une touche d’humour chargée d’espoir.
Dans un couple, la ligne du temps comporte des étapes sans cesse renouvelées et actives après la rencontre et la création du lien amoureux. Ce lien aura à se transformer pour permettre la différenciation de chaque partenaire dans un sentiment de sécurité nécessaire à la réalisation de projets communs et individuels.
Isabelle Tilmant souligne que l’escalade des reproches est la cause première de la dégradation des relations au sein d’un couple. Et lors de ses consultations, elle se montre attentive aux motifs de la demande commune et, également, à celle de chaque membre du couple en particulier.
Dans son écrit, l’auteure met en évidence les éléments fondamentaux qui déséquilibrent l’harmonie d’un couple et qui ont à voir avec le développement psychique infantile de chacun.
Nous découvrons en détails l’équilibre ou le déséquilibre périlleux et constant à l’oeuvre dans les couples en vertu des attentes inconscientes et compensatoires des partenaires. Cela étant repéré et identifié, le travail de consultation peut avoir lieu s’il y a un désir sincère d’en savoir plus, voire de sortir d’une impasse douloureuse.
Isabelle Tilmant lève également le voile sur les qualités de thérapeute de couple qui lui paraissent essentielles, dont l’expérience de disputes au sein de son couple personnel et leur résolution positive.
Nous avons ici une pensée particulière pour le génial « bâton de parole » qui apporte de l’harmonie et de la poésie dans un échange aigu et orageux entre partenaires en consultation.
La lecture de cet article complexe et revitalisant plonge le lecteur dans un questionnement profond sur lui-même et ses choix restés dans l’ombre.
Ce texte d’Isabelle Tilmant est vivant, dynamique et porte en lui le terroir et l’espoir d’un renouveau après une crise. Ce que l’auteure nous communique ici de ses recherches et de sa clinique est fort, interpellant et donne envie de découvrir ses autres écrits.

Ensuite vient mon propre travail de psychothérapeute psychanalytique à médiations. J’y reprends les étapes de la construction d’un lien avec une maman broyée par l’assassinat de sa fille de cinq ans, assassinat perpétré par le père de l’enfant. Cet être sacrifié va nous accompagner tout au long de ces pages qui retracent le travail mené avec une mère en proie à un drame impensable de par la cruauté qui le motive.
Cette psychothérapie psychanalytique à « visage multiple » que j’évoque dans le titre représente d’abord mon travail d’analyste avec ma patiente.
Elle renvoie ensuite aux différentes positions que j’ai occupées dans l’aide psychosociale aux côtés de cette patiente.
Enfin, ce « visage multiple » constitue les liens que j’ai créés avec des institutions qui sont intervenues après l’assassinat, dont le pouvoir judiciaire. J’ai mené un travail de sensibilisation et de fédération avec ces instances au quotidien, sans relâche. La formidable mobilisation humaine qui a suivi l’indicible m’émeut encore.
Nullement formée pour une telle rencontre, je m’y suis engagée totalement et j’ai fait fonction de contenant pour cette mère sidérée et dévastée. Ce fut la création d’un cadre particulier, avec un lien unique et singulier entre deux femmes en résonnance profonde. Force m’est de constater aujourd’hui, quatorze ans après les faits, que ce lien est indissoluble, voire filial et ignore le temps.

L’article de Geneviève Monnoye, psychanalyste, achève la lecture de cette revue et rejoint le coeur du thème général abordé tout au long des pages de cette revue. Cette professionnelle expérimentée rappelle les fondements de toute clinique psychanalytique en développant longuement ceux du secret médical et de la confidentialité issus du colloque singulier entre patient et psychothérapeute.
Elle développe les principes constitutifs du secret professionnel qui balisent une clinique engagée dans le plus grand respect de la parole du patient qui confie son intimité psychique à un professionnel.
Ce texte se réfère à la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, qui constitue le tronc commun des divers codes de déontologie spécifique à chaque profession, ensuite au code pénal de 1867, reprenant le cadre du secret professionnel. Notons également que l’auteure choisit de développer le concept d’intégrité psychique et sa dimension relationnelle incluant l’intégrité du psychothérapeute en exercice.
Geneviève Monnoye porte notre attention sur le fait que la relation de confiance qui s’est instaurée entre patient et psychothérapeute est plus importante que la confidence, car le patient peut alors se parler, s’il sait que ce qu’il dit ne va pas être divulgué, et encore moins colporté.
L’auteure aborde également la délicate question du partenariat avec la justice et insiste sur la séparation des tâches, des mandats. Elle distingue le partage entre le langage oral et celui de l’écrit qui fige le patient dans un dossier.
Geneviève Monnoye insiste sur la vulnérabilité du psychothérapeute qui se trouve devant des choix éthiques lors de risques de passage à l’acte de son patient et elle revient sur l’importance et la nécessité des supervisions et discussions entre professionnels, dans le respect de la confidentialité.
Chaque mot, chaque idée sont pesés et denses, amenant chez le lecteur une interpellation et une réflexion profondes. Cet article est vraiment passionnant et est complété par une impressionnante bibliographie.
Ce texte est une référence et un solide repère face à la complexité croissante des missions des différents intervenants et du statut légal de psychothérapeute.

Il termine la découverte de notre revue de 2015, dont je vous souhaite une excellente lecture.

Anne Chotteau

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