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ÉDITORIAUX de la Revue

Comme vous avez pu le constater sur la couverture de notre revue, ce numéro « Spécial Ferro » est une édition assez particulière puisqu’elle est le fruit d’une collaboration étroite et intense avec la FFBPP, la Fédération Francophone Belge de Psychothérapie Psychanalytique.

Nous avons, pour l’occasion, entièrement modifié notre staff de rédaction afin de lui substituer une équipe « de choc », la même d’ailleurs qui a organisé la « Journée Ferro » avec grand succès.

Nous avons centré l’entièreté de la revue sur Antonino Ferro, et celle-ci comporte deux parties bien distinctes et complémentaires.
Une première partie reprend l’ensemble des interventions de la « Journée Ferro » et en constitue donc les Actes.

Dans une deuxième partie, nous avons trouvé intéressant de publier des textes qui avaient fait l’objet d’une présentation au sein de l’Association pour la Recherche en Psychothérapie Psychanalytique (ARPP) et de l’École Belge de Psychothérapie Psychanalytique à Médiations, et qui témoignent du rayonnement des écrits de Ferro dans notre fédération.

Pour ce qui est de la rédaction des Actes proprement dite, l’entreprise n’a pas été simple puisqu’il nous aura fallu construire un texte le plus lisible possible à partir des enregistrements audio des présentations orales, celles-ci étant elles-mêmes des traductions parfois littérales de l’italien…

Certains mots étant intraduisibles, nous avons choisi d’utiliser les termes qui nous semblaient s’approcher au plus près du sens originel, mais nous avons parfois gardé tel quel le mot italien pour sa saveur locale inimitable – il en va ainsi du mot « passapomodoro ». Nous avons également opté pour quelques néologismes, comme le mot « oniricité », et nous avons parfois eu quelques surprises, par exemple quand nous avons réalisé que « l’incontinence », assez étonnante chez un adulte, signifiait en réalité « l’in-contenance », c’est-à-dire l’absence de contenant…

Nous disposions également d’un texte écrit que nous avait transmis l’orateur, mais qui se révéla finalement être assez éloigné de la présentation orale. Comment donc associer ces deux versions des textes ?

Nous avons opté pour des choix différenciés.

Pour ce qui est de la présentation du matin, dont l’ardu travail de transcription a été assuré par Françoise Rauïs, il nous a semblé difficile d’intégrer le texte écrit au compte-rendu de la présentation orale. L’option retenue a donc été de garder les deux textes bien séparés, ce qui a permis de respecter le déroulement de la matinée dans toute sa dynamique tout en conservant le texte écrit comme base d’inspiration.

Le second intérêt de ce choix, comme le souligne Françoise Rauïs, c’est que « cela permet de voir comment surgissent les personnages au fur et à mesure que les rêves de Ferro se sont développés dans une direction ou une autre ». De plus, poursuit-elle, « Est-ce vraiment le rêve que Ferro a fait de cette journée ? Ou est-ce son rêve, continuellement transformé par sa fonction alpha qui construit continuellement des éléments alpha et présente des images qui arrivent sans arrêt dans son rêve, lequel est continuellement transformé ? »

À la lumière de cette intéressante hypothèse, nous laisserons au lecteur le plaisir de se perdre dans les méandres du déploiement des rêveries de Ferro.

À l’inverse, pour ce qui est de la présentation de l’après-midi – transcrite avec patience par Françoise Daune – nous avons opté pour l’intégration des deux textes, les références théoriques et les vignettes cliniques du texte écrit venant s’inscrire harmonieusement dans le texte oral.

Je ne pourrais passer sous silence les « travailleurs de l’ombre », Jacqueline Leluron, entre autres, pour les photos et les corrections orthographiques, et surtout Sander Kirsch à qui nous devons, en plus de la mise en page générale, la prouesse d’avoir transformé des images photographiées sur écran et parfois un peu floues, en iconographies très claires nous permettant de suivre les exposés avec tranquillité. Les deux présentations cliniques, l’une d’adulte et l’autre d’enfant, ont été assurées respectivement par Rosella Sandri et Diana Messina Pizzuti.

La vignette présentée par Rosella Sandri « Paul et le restaurant psychanalytique » – qui a pu être transcrite dans son intégralité, de même que les interventions d’Antonino Ferro –, nous offre un matériel unique et fort riche d’une supervision en direct, qui pourrait d’ailleurs s’inscrire avec bonheur dans la continuité de son dernier livre Psychanalystes en supervision

.Pour ce qui est du cas clinique d’enfant « Les flammes et l’extincteur. Les premiers temps d’une rencontre », Diana Messina Pizzuti nous a expressément demandé, pour des raisons de confidentialité, de ne pas réaliser d’enregistrement audio ni de comptes rendus détaillés. Le texte qu’elle nous a transmis est extrêmement succinct, et nous prions les lecteurs qui espéraient retrouver un récit intégral de nous en excuser. Son document permettra néanmoins aux personnes ayant participé à la journée de retrouver la trame de son intervention – sans les commentaires de Ferro, malheureusement.

Venons-en maintenant à la partie annexe, où nous vous proposons quatre articles très complémentaires, illustrant chacun à leur façon certains aspects de l’apport de Ferro.

Dans un premier article, « Quand la symbolisation fait défaut (…) », Claire Barbier expose avec clarté l’approche d’Antonino Ferro, la resituant avec justesse dans sa filiation avec l’œuvre de Bion.

Le second texte, « Deux approches thérapeutiques différentes selon deux moments d’une longue thérapie », dû à la plume de Véronique Duchatelet, retrace, lui, l’itinéraire thérapeutique d’une patiente qu’elle a longuement suivie selon deux modalités différentes : après une première phase plutôt classique, à coloration nettement kleinienne, elle a poursuivi, selon une approche plus centrée sur la relation émotionnelle, la recherche d’un unisson avec son analysante. Nous aurions aimé, c’est certain, plus de détails cliniques, comme Ferro nous en abreuve si généreusement, mais nous respectons pleinement ce choix d’assurer strictement la confidentialité de la situation.

Le troisième article, « Psychothérapeute, les risques du métier (…) », nous semble très précieux également, car rares sont les psychanalystes ayant abordé aussi clairement la question de la protection de la psyché au travail, non seulement celle du patient, mais aussi celle de l’analyste et même celle de ses proches. Comment éviter le « burn out » qui guette les psys dont la tendance à la surcharge de travail est légendaire… Notre profession n’est-elle pas tout entière centrée sur l’écoute des besoins de l’autre ? Une urgente invitation à s’aérer le corps et l’esprit !

Enfin, le dernier texte, « Antonino Ferro, un psychanalyste d’aujourd’hui », de mon cru, avait déjà fait l’objet d’une parution dans notre revue, mais il nous a semblé intéressant de le joindre à ce numéro « Spécial Ferro » parce qu’il reprend les éléments principaux de cette approche innovante et permettra au lecteur découvrant Ferro de mieux appréhender l’essentiel de sa théorisation.

Il me reste encore à remercier la fondation Federico Fellini ainsi que les éditions Rizzoli Libri Illustrati pour l’autorisation qu’ils nous ont accordée de publier des illustrations du Libro dei sogni de Federico Fellini. Nous remercions également les éditions Brandes-Apsel-Verlag pour leur permission de reproduire trois planches de leur ouvrage de Matejek et Lempa, Behandlungs-(T)räume : Ein satirisch-psychoanalytisches Lehrbuch in Bildern und Texten.

Bonne lecture,                                                           

Jacques Van Wynsberghe

Pour cette nouvelle revue, nous avons rassemblé une série d’articles passionnants se rapportant à l’enfant, ses parents et le psy. L’intérêt de l’entreprise tient au fait de mettre en relation les différents acteurs dont l’intervention conjointe est indispensable dès lors que l’on s’adresse à l’enfant – puisque comme chacun sait, un enfant tout seul, ça n’existe pas…
Les horizons des différents intervenants sont multiples – bien qu’ils soient tous apparentés à la lignée psychanalytique –, et l’on réalise ainsi toute l’ouverture à laquelle donne lieu ce champ fécond de la psychanalyse d’enfants et d’adolescents.

Dans son article sur le travail psychothérapeutique avec l’enfant, Jeanine Delgouffre, psychanalyste d’enfants, resitue d’abord dans l’histoire de la psychanalyse les différentes modalités d’écoute de l’enfant, ainsi que l’importance accordée à la réalité des objets externes, notamment les parents.
Depuis Freud – qui analysait le petit Hans par l’intermédiaire du propre père de l’enfant ! – jusqu’aux analyses actuelles influencées par Winnicott, nous assistons  à la reconnaissance progressive du rôle des parents en tant qu’agents de premier plan et à la nécessité, dans certains cas, d’un travail d’accompagnement de ceux-ci.

L’auteur montre en effet que, outre l’organisation mentale de l’enfant, la configuration familiale dans laquelle il évolue est déterminante, et chaque situation réclamera un aménagement  particulier du cadre thérapeutique. Parfois, une thérapie mère-enfant sera la plus indiquée, afin de ne pas forcer prématurément la séparation, et c’est en offrant une enveloppe commune sécurisante que peu à peu la différenciation pourra s’opérer. Mais même lorsqu’une thérapie individuelle sera possible, le thérapeute devra rester attentif  aux retentissements sur les parents du travail réalisé avec l’enfant.
Jeanine Delgouffre dégage enfin un ensemble de principes d’accompagnement des parents en cours de processus – l’alliance, la déculpabilisation, le partenariat, etc. Elle souligne ce travail de tri que l’analyste doit effectuer entre les influences internes et externes pour pouvoir rester à l’écoute du patient. Se situant au carrefour de la subjectivation de l’enfant et de celle de ses parents, le thérapeute se présente aussi comme le parent des parents : il les aide à contenir leurs angoisses et les accompagner participe donc intégralement du processus thérapeutique. Une mise au point très éclairante.

Rosella Sandri, psychanalyste et formatrice à l’approche de l’observation du bébé selon Esther Bick, nous revient avec un article très « clinique », où elle nous emmène dans l’intimité de son cabinet pour nous faire partager son cheminement avec Manuel et sa famille.
Manuel, deux ans et demi, est un enfant à risque d’évolution autistique, et Rosella Sandri nous livre ici toute une tranche de son parcours thérapeutique. Elle nous montre par le menu comment se développe ce passage d’un vécu archaïque à la constitution d’un premier contenant psychique pour cet enfant en quête d’un espace propre.

Elle démontre aussi que tout au long de ce processus thérapeutique – un travail d’orfèvre, tout en nuances et en sensibilité –,  la collaboration avec les parents est essentielle. Ainsi, certaines séances où les parents sont des partenaires à part entière permettent à chacun d’élaborer dans l’espace thérapeutique des angoisses primitives qui étaient restées non symbolisées depuis la naissance de l’enfant.
Au travers de cette vignette clinique, c’est un réel privilège que de pouvoir ainsi accéder à cet intime de la relation analytique. Merci vivement à l’auteur !

Nathalie Ferrard, psychanalyste spécialiste de la dyade mère-enfant, nous livre, elle, dans un texte rare et émouvant des fragments de son travail de terrain avec des familles démunies. Avec pour visée un soutien à la parentalité, elle a développé, dans le cadre d’une consultation périnatale implantée dans un quartier défavorisé, une forme particulière d’accompagnement à domicile.
Ces parents, aux histoires particulièrement lourdes, rencontrent en effet des difficultés majeures à établir un lien durable, même avec leur propre enfant. C’est par le biais d’entretiens à domicile, à l’occasion de l’arrivée d’un nouveau bébé, qu’un travail sur le lien peut-être amorcé en soutenant les parents à ce moment crucial pour eux.

En plus d’une théorisation qui ouvre à des auteurs tels que Maurice Berger et ses Enfants barbares, Nathalie Ferrard nous plonge, à travers ces exemples cliniques poignants, au cœur même du vécu de ses expériences. Nous retransmettant avec justesse l’atmosphère de ces univers quarts-mondistes en compagnie de Martine, Marcel et Louise, elle nous mène aux limites de l’imaginable, au cours de ces entretiens improvisés au beau milieu de la cuisine, la télé allumée…
Il faut lire ces récits pour réaliser quelle humanité se dégage de ces rencontres, et l’on comprend mieux ce que veut vraiment dire « travailler sur le terrain » : non pas une abstraction de salon, mais un véritable vécu où il faut y aller à bras le corps, en acceptant de « mouiller sa chemise », au sens propre du terme parfois…
Magnifique témoignage d’un travail de prévention qui n’est pas sans rappeler, outre les « kitchen therapy » de Selma Fraiberg, les « bare-footed psychoanalyst », les « psychanalystes aux pieds nus » des années 70 en Angleterre, qui ont eu le courage de quitter leurs cabinets feutrés pour oser rencontrer les patients dans leur milieu de vie. Impressionnant et émouvant.

Dans son article « Que sont les parents devenus », Brigitte Dohmen se penche avec justesse sur la question de la parentalité. Chacun a pu constater que celle-ci est aujourd’hui en crise, et qu’un retour aux valeurs d’antan – pour autant que ce soit souhaitable… – est de toute façon utopique ; quant à l’avenir, il semble bien incertain !
Qu’est-ce qu’être parents ? L’auteur décrit brièvement cette crise de la maternalité et de la paternalité, pour ensuite préciser ce que c’est qu’être parents, en en détaillant les deux principales modalités d’expression : la fonction maternelle et la fonction paternelle.
Brigitte Dohmen examine ensuite longuement les changements de la famille à travers les époques, ainsi que l’évolution de la place de chacun – père, mère, enfant – jusqu’à aujourd’hui. Disparition de la légitimité du père, au statut particulièrement précaire, envahissement de la figure maternelle maintenant l’enfant dans un utérus virtuel, et tyrannie de l’enfant-roi, projection narcissique des parties infantiles des parents : telle est la nouvelle triade de l’Œdipe contemporain…
Une mise au point salutaire et un constat implacable ! Mais que sont donc ces hommes, femmes et enfants devenus ?

Les deux articles suivants sont les comptes-rendus d’une conférence donnée conjointement par Martine Vermeylen et Bruno Le Clef sur le thème de la psychothérapie psychanalytique exercée dans le cadre des thérapies familiales.
Martine Vermeylen, dans « Une approche familiale psychanalytique », dressera d’abord un tableau succinct de cette pratique et de ses fondements théoriques, en se référant notamment à Paul-Claude Racamier, Didier Anzieu, Alberto Eiguer, Maurice Berger, Albert Ciccone et René Kaës, entre autres.
Sur base de la métapsychologie freudienne et à partir des expériences cliniques de la psychanalyse de groupe, tel le psychodrame psychanalytique, elle précisera la spécificité des approches familiales et les éléments particuliers du cadre mis en place. L’analyse de la demande ainsi que l’exposé des différents types de transferts seront évoqués. Un exemple clinique ainsi qu’un intéressant lexique des concepts-clés viendront clôturer ce rapide aperçu de cette approche extrêmement prometteuse.

Bruno Le Clef en développera, lui, un aspect plus spécifique au travers de son article « L’Objet Incorporé Transgénérationnel ». Au travers d’un cas clinique particulièrement fouillé, l’auteur illustre ce concept qui rend compte d’un mode spécifique de transmission intergénérationnelle. Lors d’un processus de deuil, un objet perdu qui ne peut être introjecté suit alors la voie d’une incorporation. Devenant alors un hôte étranger, cet objet se transmet de génération en génération et ne se révèlera que par la réédition de passages à l’acte prenant l’allure de symptômes plus ou moins graves se manifestant au sein du groupe familial. Ce sont ces symptômes qui seront l’objet d’un travail psychanalytique portant sur l’analyse des différentes transmissions intergénérationnelles. Un génogramme assez édifiant vient illustrer toute la complexité de l’approche.

Enfin, dans un texte sur l’adolescent endeuillé en thérapie familiale, Romano Scandariato, psychothérapeute familial, aborde toute la question de l’impact dans une famille, et spécialement pour un adolescent, du décès d’un de ses membres.
Pour l’auteur, les conséquences d’une disparition dépendent certes de l’intensité des liens avec la personne décédée, mais aussi de la place de chacun dans la famille et des relations dans l’ensemble du système. Pour le thérapeute, les choses doivent donc être envisagées d’un double point de vue, individuel et groupal.
Après avoir examiné les trois grandes phases « normales » par lesquelles passent les endeuillés adultes (phase de choc, phase de dépression et phase de rétablissement), Romano Scandariato montre comment ce deuil affecte de façon différente chacun des membres de la famille, les réactions des enfants étant différentes de celles des parents. L’enfant ne peut en effet entamer un travail de deuil que si ses parents acceptent de s’y engager également, sinon il ne s’y autorisera pas. Pourquoi ?
La première raison, c’est que l’enfant a la ferme conviction que le décès de la personne aimée a été provoqué par ses propres sentiments hostiles.
La seconde raison – et nous retrouvons ici la même lecture que Bruno Le Clef, dans la droite ligne d’Abraham et Torok –, c’est qu’une « crypte » va se créer à l’intérieur de l’endeuillé pour protéger l’image incorporée de toute évolution : il s’agit de mettre à l’intérieur de soi le défunt tel qu’on se le rappelle, en entretenant constamment cette image en soi.
Pour qu’un travail de deuil puisse se faire, il faudra donc ouvrir cette crypte et élaborer progressivement les souvenirs : transformer l’incorporation en introjection – ce qui est habituellement vécu comme un abandon du défunt… D’où la difficulté ! Pour l’enfant, cela équivaut à trahir sa famille : il préfèrera donc mettre l’événement traumatique entre parenthèses et l’encrypter à son tour… À l’adolescence, un remue-ménage interne va mobiliser la crypte en forçant le jeune à affronter ce deuil. Ne pouvant mettre en mots son dilemme et soumis à cette double contrainte (pression psychique interne et interdit d’en parler), l’adolescent va s’exprimer par des symptômes et des passages à l’acte plus ou moins destructeurs.
L’auteur illustre abondamment ses hypothèses théoriques par des exemples cliniques brillamment analysés, et montre – si besoin en était encore – que dans ces situations, seule la prise en compte de l’ensemble du système familial pourra permettre la résolution de ce type d’impasse.

Tout autre est l’article d’Isabelle Tilmant, qui interroge avec pertinence la question du désir d’enfant : « Pourquoi une femme a-t-elle des enfants alors qu’une autre n’en aura pas ? » Phénomène interpellant, en effet, quand on sait qu’en Allemagne, par exemple, près de 30 % des femmes décident aujourd’hui de ne pas enfanter !
Qu’est-ce qui motive donc ce choix qui vient s’inscrire avec autant d’acuité dans l’intime de la femme ? Pourquoi assistons-nous à de tels changements dans les mentalités ?
Isabelle Tilmant, auteur du livre Épanouie avec ou sans enfant, nous partage de façon assez exhaustive ses interrogations et ses hypothèses de compréhension, en les situant dans un contexte historique, pour ensuite en aborder les implications psychologiques. Les aspects de transmission intergénérationnelle et les aléas de l’histoire familiale y trouveront évidemment une place de choix.
La sortie de la confusion longuement entretenue entre la mère et la femme permettent, au travers de l’exploration des concepts de maternalité et de féminalité, de mieux comprendre toute la complexité de ce désir qui se concrétisera ou non dans un projet d’enfant.
Une analyse fouillée et captivante.

Comme à l’accoutumée, nous clôturons cette revue par quelques notes de lecture dont, il faut le souligner, la présentation des dernières parutions de deux membres d’honneur de notre École, Catherine Bergeret-Amselek, avec La vie à l’épreuve du temps, et Danièle Deschamps avec Traversées du trauma. Aux frontières de la clinique psychanalytique. Toutes nos félicitations à eux.

Bonne lecture,                     

Jacques Van Wynsberghe.

 

L'IDENTITÉ SEXUELLE EN QUESTION

Pour ce nouveau numéro de Psycorps, nous avons essentiellement repris les textes de notre cycle de conférence « L’identité sexuelle en question » où, suivant en cela nos choix traditionnels, nous avons une fois de plus fait appel à des orateurs appartenant à des écoles de pensée parfois très divergentes. 

Cette revue présente donc des textes à la fois complémentaires et opposés, très marqués idéologiquement. Par exemple, bien que tous deux sexologues, Esther Hirch et Iv Psalti abordent le thème de l’identité sexuelle d’une manière très différente. Sans doute est-ce en lien avec leur sensibilité unique d’homme et de femme, mais aussi peut-être avec leur parcours professionnel singulier : l’une est docteur en médecine, l’autre en biologie ; tandis qu’elle développe une argumentation théorique et vise à affiner le diagnostic, ce dernier aborde le thème sous un angle plus pragmatique, en veillant à soutenir l’homme et la femme dans leur sexualité au quotidien.

Pour ce qui est du texte de Marianne Dalmans, plus sociologique, il vient heurter de front des conceptions frisant un certain machisme outrancier. Avec son regard de psy engagée dans un féminisme militant, elle prend le risque de lancer un cri d’alarme face aux dérives d’un nouveau masculinisme.

Ces choix ne furent pas sans effet, et la tenue de ces conférences a  même donné lieu, à notre grand étonnement, à des expressions partisanes et lobbyistes en provenance de différents mouvements, qu’ils soient gays, masculinistes ou transsexuels, avec mini manifestations et calicots… Nous avons aussi eu droit à quelques débordements oratoires lors d’échanges vindicatifs très polémiques. La question était donc bien sensible… !  

Avec son texte « Maxens, Maxime », Danièle Deschamps nous propose, dans la foulée de son dernier ouvrage Traversées du trauma, l’illustration clinique d’un patient à l’identité incertaine. Elle montre, avec la finesse qu’on lui connaît, comment les éléments de l’histoire de cet homme ont contribué à ce qu’il ait perdu ses repères identitaires. Englué dans un « trop de mère », il tentera d’échapper à la folie en se réfugiant dans la négation de son être et de son corps.

C’est tout un chemin de renaissance que Danièle Deschamps nous fait partager là, dans cette traversée de l’effroi et du plus abject pour enfin parvenir à l’incarnation de l’humain. Un « corps à corps titanesque », comme elle le dit si bien, et un cheminement lumineux. 

Esther Hirch, médecin sexologue, aborde de manière fouillée et approfondie ce qui, dans notre société actuelle, est lancé à tout-va : elle différencie clairement l’identité sexuelle anatomique et l’identité de genre (la reconnaissance du masculin et/ou du féminin en soi, et ce indépendamment ou non de son sexe biologique).

Présentation magistrale où, avec un profond respect accompagné d’une capacité à conceptualiser des thématiques bien complexes autour de ce que représente l’identité sexuelle, elle explore tous les cas de figure de la dissociation entre le sexe anatomique et la « genralité ».  

Anne Joss de Ter Beest, psychanalyste, reprend ensuite un texte publié en son temps dans le Bulletin Freudien, et elle fait le point sur la question de l’homoparentalité, principalement d’un point de vue juridique, en examinant notamment les différentes lois qui s’y rapportent. 

Pour Iv Psalti, un chat est un chat, et dans son style bien à lui de sexologue pragmatique, il explore la façon dont une femme se sentira bien dans son corps et sa sexualité, et ce au cours des différentes périodes de sa vie. Insistant sur l’importance d’une image corporelle positive, source d’assurance et de confiance dans le vécu d’une sexualité épanouie, il invite à une pratique du sexe heureuse et décomplexée.  

Marianne Dalmans – qui travaille quotidiennement avec des femmes victimes de violence morale, physique et sexuelle –, enfourche son cheval de bataille et dénonce le masculinisme ambiant afin de lutter contre les discriminations envers les femmes. Bien que psychothérapeute, son analyse est ici essentiellement sociologique, et ses prises de position toutes personnelles ne peuvent qu’ébranler certaines conceptions communément acceptées. Elle se refuse notamment à cautionner le discours qui consiste à dénoncer l’absence du père comme principale origine du manque de repères dans notre société. De quoi débattre, assurément !

Rosella Sandri, dans son texte sur le développement de l’identité sexuelle chez le bébé, nous ramène aux fondamentaux de la psychanalyse. Prolongeant les hypothèses de Freud sur la sexualité infantile, elle intègre les avancées actuelles en se basant essentiellement sur les découvertes d’Esther Bick et sa technique d’observation du bébé. Toute la force de son article repose sur l’évidence qui se dégage à partir des cas cliniques éloquents qu’elle nous présente pour étayer ses thèses. 

Je tiens également à congratuler Rosella Sandri, membre de notre école, pour le prix international de l’IPA, Psychoanalytic Training Today, qu’elle vient de recevoir en couronnement de son magnifique article, paru en partie dans notre revue : « L’utilité de l’observation du bébé selon Esther Bick dans la formation de l’analyste ». Encore toutes nos félicitations ! 

Pour ma part, j’ai choisi de vous présenter un psychanalyste chilien, Matte Blanco, peu connu chez nous, mais dont les développements théoriques n’ont pas fini de faire parler d’eux. Si, à première vue, ce texte ne semble pas s’inscrire dans le thème de cette revue, il en a néanmoins une sorte de parenté. En effet, tout comme nous baignons dans une espèce de « genralité » psychique un peu confuse – notre bisexualité psychique –, Matte Blanco nous démontre que nous avons tous en nous, entre conscient et inconscient, ce qu’il appelle un espace « symétrique » : un inconscient dans le conscient, un espace de rêve conscient. Une des particularités de cette partie hybride, c’est qu’elle s’origine dans la pensée psychotique sans pour autant en présenter la pathologie. Tout cela est, vous l’avez compris, assez complexe, mais ces notions permettent d’éclairer bien des obscurités de l’âme humaine… 

Je ne pourrais terminer la présentation de cette revue sans mentionner la triste nouvelle du décès de Joyce McDougall. Nous avions eu le privilège de la recevoir à Psycorps en 2001 lors de notre journée d’étude Les psychanalystes ont-ils un sexe ?, et elle reste toujours très présente pour nous. En son hommage, nous organisons une journée d’étude qui lui est consacrée, le 9 juin 2012, et vous trouverez en fin de revue une captivante note de lecture que Sander Kirsch a rédigée à partir de la biographie de Philippe Poret  Joyce McDougall. Une écoute lumineuse

Bonne lecture,

Jacques Van Wynsberghe

La question du réel et de la réalité a toujours été au cœur de nos interrogations à Psycorps, et c'est la raison pour laquelle nous avons décidé de lui consacrer l'entièreté de ce présent numéro. En effet, avec son tropisme marqué pour les médiations, qu'elles soient corporelles ou autres, notre école a continuellement accordé à la réalité une place prépondérante, que ce soit celle du corps – réel et pas seulement imaginaire –, celle du traumatisme – pas uniquement fantasmatique –, et aussi celle de l'environnement et donc de l'analyste : une personne bien vivante et présente.

Mais de quel réel s'agit-il ? Lacan a tenté de démontrer que le réel n'est pas la réalité, accessible par nos sens, mais bien un impossible à décrire et donc à dire. Quant à, la psychanalyse freudienne, qui étudie une réalité psychique associée à un appareil psychique, elle ne discrédite pas pour autant l'idée d'une réalité extérieure. Des psychanalystes contemporains vont cependant bien plus loin, accordant à la réalité présente et à la relation une place de premier ordre dans le processus analytique.

C'est à la délicate tâche d'éclaircir cette épineuse question que se sont attelés nos différents auteurs, tous issus d'horizons différents – mais pas trop –, selon notre précieuse tradition d'ouverture aux autres courants de pensée.

La psychanalyste Michèle Van Lysebeth-Ledent, dont c'est un des thèmes de prédilection, ouvre le débat avec un texte dense et concis : « À propos du réel ».

Pour elle, la notion de réel est depuis toujours l'objet de spéculations philosophiques hasardeuses et, contrairement à Lacan, elle s'intéresse à un réel qui est celui du sens commun – et celui du Robert –, où réel et réalité sont des synonymes.

Dans son brillant article, elle s'efforce d'étudier son influence sur la cure, et tente d'investiguer l'impact des caractéristiques réelles du cadre et du comportement de l'analyste sur le fonctionnement psychique de l'analysant.

Si Freud n'abandonna jamais l'idée d'un rapport dialectique complexe entre réalité interne et externe, son modèle de la cure présuppose cependant l'effacement de la réalité externe : un cadre neutre dépourvu au maximum de stimuli sensoriels.

Se basant sur les modèles proposés par Meltzer et les Botella, Michèle Van Lysebeth-Ledent reconnaît, elle, un rôle majeur à la réalité actuelle dans l'efficacité du modèle analytique.

Elle examine ainsi la manière dont ce réel pénètre le « sanctuaire » analytique : le cadre, l'interprétation, les dysfonctionnements de l'analyste et, plus particulièrement encore, la question du face à face en psychothérapie psychanalytique.

Elle démontre avec brio que, « contrairement à ce que suggère le mythe de la cure-type, la réalité actuelle opère massivement dans la cure analytique », mais elle nous met cependant en garde du risque inverse : privilégier uniquement la relation au détriment de l'espace analytique.

Alain Amselek, lui, dans son très érudit article « Entre réel et réalité, où se situe l'efficace de l'activité thérapeutique ? », nous immerge d'emblée dans le labyrinthe, parfois obscur pour les non-initiés, du discours philosophico-lacanien, mais c'est pour mieux nous en extraire, et finalement rejoindre d'assez près les conceptions de notre première psychanalyste. Cependant, alors que pour cette dernière, réel et réalité c'est « bonnet blanc et blanc bonnet », Alain Amselek persistera à les différencier. Se basant sur les théories de Lacan, qui a introduit de façon radicale cette distinction entre Réel et réalité – tout en variant constamment dans leurs définitions, jusqu'à la contradiction, nous dit notre auteur –, il nous montre comment le lacanisme s'est coupé la route concrète du réel en le cantonnant dans le monde de l'abstraction et de la représentation : « (Lacan) est resté bloqué dans le réel comme impensable à dire et à représenter, mais surtout, je crois, comme impossible à supporter pour lui. » Tout l'édifice lacanien en devient même « une défense propre à le protéger du réel ».

Pour lui, la réalité parle du social, du « monde », alors que le réel serait la vie, l'affectivité originelle, intime de l'être vivant. De ce point de vue, le changement ne peut s'opérer que par « l'épreuve », c'est à dire l'affrontement direct de ce réel par la mise à bas des masques et la rencontre de cet intime, affectif et pulsionnel. Les deux présentations cliniques qu'il nous propose sont à cet égard très illustratives, mais sa différenciation réel-réalité ne s'apparente-t-elle pas plutôt à la distinction « vrai self – faux self » exposée par Winnicott ?

Fabuleux exercice, en tout cas, d'auto-analyse et de modestie que je ne peux que saluer avec respect. Si le réel, « c'est quand on se cogne », Alain Amselek s'y heurte à coup sûr et, au-delà de sa quête théorique, c'est manifestement à tout un travail de dégagement du lacanisme qu'il se livre, et à une tentative de prise de distance du « langage pour le langage » : « L'intuition qui me taraude depuis (...) toujours, c'est ce sentir qu'il y a un au-delà ou un en deçà du langage et que cet au-delà, ce réel, est occulté par l'attention exclusive que nous accordons au langage, que nous ne voulons jamais lâcher (...) »

Finalement, derrière tous ces mots « qui font des ronds », comme il le dit si bien, n'est-ce pas à une ode à la vie, à ses élans et à ses intensités que l'auteur nous convie ? L'aboutissement d'un long chemin !

Dans leur très bel article « Réalité du patient, réalité de l'analyste », Brigitte Dohmen et Dominique De Wilde témoignent du fait que des ouvertures de cadre peuvent enrichir le processus thérapeutique en lui donnant une nouvelle dynamique lorsque celui-ci est englué.

L'originalité de leur démarche consiste à présenter en duo une illustration clinique de deux thérapies menées en parallèle avec la même patiente. Mais ce sera surtout l'occasion d'explorer théoriquement et pratiquement toute la riche question de la réalité de l'analyste et du patient, et plus particulièrement celle de la place du corps dans le processus thérapeutique.

Brigitte Dohmen d'abord, partant de Freud et Ferenczi pour en arriver à la conceptualisation de Bion et Ferro, fera une mise au point théorique de l'état de la question. Puis ce sera au tour de Dominique De Wilde de décrire par le menu le récit du parcours thérapeutique de sa jeune patiente, Manon, dont les impulsions incontrôlables à se mutiler en séance donnent une idée de l'ampleur de la problématique... Comment intervenir face à cette réalité d'un corps agissant ? Si l'analyste parvient à improviser quelques essais de contenance, des séances de psychothérapie psychanalytique à médiations ne seront pas de trop pour l'aider à établir une juste distance avec l'adolescente et parvenir à accéder à la part archaïque de sa psyché. À cette occasion, Brigitte Dohmen nous donne un remarquable aperçu de diverses médiations possibles et de leur impact sur Manon.

Suit encore la description de diverses tranches de thérapie, où une sexologue est également convoquée, pour terminer par une mise au point finale sur la question de l'aménagement du setting dans la clinique de l'archaïque. L'importance du développement personnel de l'analyste et de la nécessité d' « être à l'aise » avec son propre corps y sont évoqués.

Rencontrer le patient là où il se trouve en quittant le confort douillet de nos certitudes théoriques, n'est-ce pas la clé permettant l'accès à ces problématiques difficiles ?

Le texte de Danièle Deschamps, « Trauma, corps et clivage : quand les parties éjectées s'invitent en séance... le thérapeute convoqué d'office », nous mène au cœur du trauma, et nous fait vivre en direct cette folie de l'éclatement des frontières du Moi, là où réalité et fantasme se confondent :

« Trous de mémoire, blancs, chapitres censurés ou occultés par un mensonge (...) J'ai appris jusqu'où cela va, détruisant ma sécurité intellectuelle, émotionnelle parfois (...) sous la bannière d'une personnalité apparemment normale, faux-self ambulant pathétique et tragique. »

L'auteur a choisi de partager avec nous son vécu de thérapeute happée corps et âme dans la tourmente de cette relation tour à tour mortifère et guérissante. Au travers des histoires de Jeanine, Luciole, Maxens-Maxime et Viviane, elle nous mène dans la désolation de ces folies solitaires dont elle se fait tour à tour témoin lucide, passeur et « double au combat ».

Là où ces bébés traumatisés devenus adultes nous font vivre leur vécu de sidération et de glaciation, leur clivage, leur Moi effondré, Danièle Deschamps fait le choix de la « rencontre à main nue », avec pour seul outil la présence et la parole de Vérité, « pour que le réel se fasse réalité ». Réel, réalité, vrai, Vérité... nous sommes bien dans le thème de notre revue. Mais, une fois de plus, de quelle réalité, de quelle vérité s'agit-il ? L'auteur ne lève pas le voile, nous laissant avec nos interrogations. Si elle convoque Lacan : « Vous ne pensez quand même pas que vous vous trouvez vraiment face à un bébé sur le divan ! », c'est pour lui répondre : « Et pourtant... Ferenczi... Winnicott », et plus loin : « C'est là qu'ils nous attendent... ces bébés devenus adultes, dans un temps suspendu. » L'on ne sait trop si elle parle de « personnages », fantasmes projectifs de différentes parties clivées du patient, ou de personnalités multiples, « Moi(s) » dissociés de la personne... Laissons donc le dernier mot à la poète, « non point tellement quelqu'un qui écrit des poèmes, mais quelqu'un qui voudrait parvenir à une absolue saisie de ce en quoi il vit, et à rompre son isolement de cette saisie. » Au risque de se perdre ? Une lecture qui s'apparente en tout cas certainement plus à une expérience traumatisante qu'à une tranquille flânerie... Comme Danièle Deschamps, nous avons dû lutter pour ne pas nous laisser contaminer par « la crudité et la cruauté du matériel narratif ». Une véritable aventure...

Article extrêmement interpellant que celui de Françoise Daune, « Psychisme et condition humaine : artifice et impuissance », puisqu'il nous confronte directement à la question de la maladie et de la mort. Ici, la question du réel n'est pas une abstraction philosophique : la réalité nous est renvoyée dans toute sa redoutable altérité, son tranchant absolu.

Face à cet effroi de l'ultime de la condition humaine, sa finitude, l'aménagement psychique habituellement déployé sera de l'ordre du déni, du « comme si » ; mais l'évidence de la réalité confrontera le patient à la perte de ses fantasmes d'immortalité et de toute-puissance, avec lesquels son psychisme tentera de composer vaille que vaille.

Celui-ci ne sera pourtant pas le seul à être bousculé dans ses repères les plus archaïques. Le psy lui-même, et les différents soignants, seront confrontés aux mêmes angoisses et feront appel aux mêmes mécanismes de défense face à cet indicible.

Françoise Daune, travaillant en milieu hospitalier dans un service de psycho-oncologie, rendra palpable ce thème impossible, grâce à des illustrations cliniques émouvantes, où chacun reconnaîtra sans doute l'un de ses proches, si ce n'est lui-même...

L'impact psychique sur le patient de l'annonce de la maladie et de sa mort prochaine bouleverseront violemment tout l'équilibre émotionnel patiemment construit au cours des années de vie, et il faudra toute l'écoute bienveillante de l'équipe soignante, et tout spécialement du psy, pour permettre l'élaboration de ce « travail du trépas ».

Un texte d'une grande modestie, brisant le mythe du « tout-psy » en rappelant qu'il n'y a ici aucun prétention de guérison, mais juste la proposition d'un lieu où « tenter de penser l'impensable, imaginer l'inimaginable, supporter l'insupportable (...) en recréant les conditions d'une vie malgré la mort ».

Merci à Françoise Daune de nous confronter à cette question centrale de notre existence, en ayant le courage de ne pas en éluder toute l'inquiétante étrangeté !

Avec la présentation de son cas clinique « L'enfant sous terreur », Corinne Gere nous entraîne dans les abysses de la relation originaire. Avec lucidité, elle nous expose par le menu comment elle s'est confrontée à la souffrance extrême de sa patiente, et nous dévoile toute la complexité de la relation transféro-contre-tranférentielle qu'elle a tissée avec elle.

C'est aussi une superbe illustration d'un travail avec les médiations, surtout corporelles, mais également avec des techniques de modelage.

D'un point de vue théorique, elle établit sa filiation directe avec Ferenczi – extrêmement sensible, comme elle, à l'enfant blessé dans l'adulte –, et sur lequel elle prend largement appui pour étayer sa démarche psychothérapeutique.

Reprenant également le modèle d'Antonino Ferro, elle élabore longuement son propre contre-transfert et montre comment elle l'utilise pour rendre possible une authentique transformation, et du champ thérapeutique, et de Jeanne. Elle explicite également comment, en devenant le réceptacle des émotions terrifiantes et non conscientes de sa patiente, elle a pu réaliser un lent et long travail d'alphabétisation de ses éléments bêta, ce qui lui a permis de quitter son statut de petite fille terrorisée pour devenir la personne adulte d'aujourd'hui, séparée de sa mère toute-puissante et apte à mettre elle-même des mots sur son vécu.

Un travail dans les grandes profondeurs de la psyché, un modèle de tolérance, de patience, et surtout de confiance dans la force de la Vie.

Enfin, dans un dernier article, de mon propre cru, « La psychothérapie psychanalytique à médiations, une thérapeutique de choix pour la restauration du lien », j'ai cherché à rendre compte de ce qui se joue dans l'exercice de notre approche à médiations ; et c'est sans nul doute dans la clinique de l'archaïque, avec la question de l'établissement du lien primaire qu'elle trouve le mieux à s'appliquer.

Chacun peut reconnaître que la sévérité des psychopathologies rencontrées aujourd'hui met à dure épreuve l'endurance psychique de l'analyste, et dès lors se pose la question de la complexité croissante de l'écoute et des adaptations techniques requises. La créativité et la liberté du thérapeute l'amèneront à proposer un cadre différent, certes non conventionnel mais pas pour autant transgressif, où son vécu et la qualité de la relation joueront un rôle décisif.

Théoriser une pratique où le corps, l'agir et le non-verbal – bref, la réalité – ont une place prépondérante n'est cependant pas chose aisée dans le champ d'une psychanalyse centrée, par essence même, sur le langage verbal...

C'est pourquoi, m'appuyant sur trois situations cliniques assez exemplatives, je tente d'articuler une théorie, inspirée pour l'essentiel de Bion et Ferro, avec celle de l'espace potentiel de Winnicott.

J'explore d'abord la question du lien et de l'attachement selon les points de vue éthologique, intersubjectiviste et psychanalytique, pour montrer combien celle-ci est centrale dans notre approche de l'archaïque.

C'est ensuite la notion de contenant qui retiendra toute mon attention : ses qualités nécessaires pour une bonne évolution de l'enfant, puis les moyens de le restaurer avec nos patients en thérapie.

Au fil de ces développements, la psychothérapie psychanalytique à médiations – je suis partie prenante, et donc, forcément, éminemment subjectif et partial... – se présente comme une interface idéale permettant la restauration du lien pour tous ceux qui ont souffert dans leurs relations précoces.

Quelques considérations sur le cadre spécifique à notre approche – le face à face, le regard et le toucher en thérapie – viendront compléter ce tableau.

Une toute bonne lecture,

Jacques Van Wynsberghe

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