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ÉDITORIAUX de la Revue

Le Docteur Annette Watillon-Naveau, psychiatre et psychanalyste, nous livre son travail avec des enfants de la naissance à cinq-six ans dans le cadre de thérapies conjointes avec les parents.
Dans son propos, elle développe les recherches actuelles en neurosciences, dont l’importance de l’influence du milieu sur l’enfant, l’existence de neurones miroirs, l’avancée de techniques chirurgicales in utero,…
Pour les thérapies conjointes avec le bébé, les parents et le thérapeute, le bébé ressent la place que lui fait l’analyste et lui donne sa confiance. Par ses jeux, il indique à l’analyste les non-dits familiaux, qui a alors à manier ces révélations avec délicatesse.
Les vignettes cliniques exposées par l’auteure parlent par elles-mêmes de la porosité précoce du bébé par rapport au vécu émotionnel et traumatique de sa famille.
Les troubles fonctionnels chez le petit enfant, hormis d’éventuels problèmes somatiques, ont principalement deux origines. Le docteur Watillon les illustre ici par des situations cliniques évocatrices et émouvantes où nous pouvons apprécier son charisme et sa grande expérience clinique.

Dans son texte passionnant, « L’adolescent et le psychothérapeute : Une rencontre critique ? », Michel Caillau, psychologue clinicien, présente cette relation sous un éclairage nouveau.
Pour lui, la rencontre entre un adolescent et un psychothérapeute est sans doute une « crise » en soi : l’adolescent ne désire souvent pas cette rencontre spécifique ; à l’exception de ceux, par exemple, qui, étant en institution, sont en quête de « relation » parce qu’ils ont connu de graves troubles…
Selon l’avis de ce clinicien, la rencontre psy-ado, y compris avec ses parents, se joue sur un autre terrain que celui classiquement nommé « crise d’adolescence » et ses bases historiques… cette classique confrontation des générations et des conflits d’opposition.
L’approche subtile de l’adolescent, toute en prudence et en nuance est très bien décrite. Dans un exposé clinique, en évoquant le « flou de son souvenir de la consultation, sept ans plus tôt », l’auteur évite l’écueil de « resservir de l’enfance à l’adolescent ». Il reçoit le jeune avec une page blanche, lui permettant de se déployer dans l’ici et maintenant, délesté du poids d’une ancienne consultation.
L’attention de Michel Cailliau se centre sur ce qui « fait crise » chez l’adolescent, dont la terreur du « penser », la « haine de la dépendance »,…
Le paradigme que Michel Cailliau propose en filigrane est donc celui-ci : c’est plutôt la prise en compte de ces délicats aspects, par le psychothérapeute, et notamment dans le maniement de son contre-transfert, qui va s’avérer être un moteur de changement psychique chez l’ado en souffrance au décours du processus de la psychothérapie, et plus encore dès les tous premiers entretiens.
Cet article, théorique et clinique, dense, construit, clarifie la position extrêmement complexe de l’adolescent.
Ce beau texte est plein d’humanité, délicat et également solidement étayé par le clinicien d’expérience qu’est Michel Cailliau.

Isabelle Tilmant, psychothérapeute, reprend d’emblée la notion de couple actuel plus floue et plus souple que celle du passé, voire fragilisée par les séparations et divorces.
Les illustrations qu’elle donne pour étayer ses propos nous apportent des images précises et réalistes de sa clinique créative, avec également une touche d’humour chargée d’espoir.
Dans un couple, la ligne du temps comporte des étapes sans cesse renouvelées et actives après la rencontre et la création du lien amoureux. Ce lien aura à se transformer pour permettre la différenciation de chaque partenaire dans un sentiment de sécurité nécessaire à la réalisation de projets communs et individuels.
Isabelle Tilmant souligne que l’escalade des reproches est la cause première de la dégradation des relations au sein d’un couple. Et lors de ses consultations, elle se montre attentive aux motifs de la demande commune et, également, à celle de chaque membre du couple en particulier.
Dans son écrit, l’auteure met en évidence les éléments fondamentaux qui déséquilibrent l’harmonie d’un couple et qui ont à voir avec le développement psychique infantile de chacun.
Nous découvrons en détails l’équilibre ou le déséquilibre périlleux et constant à l’oeuvre dans les couples en vertu des attentes inconscientes et compensatoires des partenaires. Cela étant repéré et identifié, le travail de consultation peut avoir lieu s’il y a un désir sincère d’en savoir plus, voire de sortir d’une impasse douloureuse.
Isabelle Tilmant lève également le voile sur les qualités de thérapeute de couple qui lui paraissent essentielles, dont l’expérience de disputes au sein de son couple personnel et leur résolution positive.
Nous avons ici une pensée particulière pour le génial « bâton de parole » qui apporte de l’harmonie et de la poésie dans un échange aigu et orageux entre partenaires en consultation.
La lecture de cet article complexe et revitalisant plonge le lecteur dans un questionnement profond sur lui-même et ses choix restés dans l’ombre.
Ce texte d’Isabelle Tilmant est vivant, dynamique et porte en lui le terroir et l’espoir d’un renouveau après une crise. Ce que l’auteure nous communique ici de ses recherches et de sa clinique est fort, interpellant et donne envie de découvrir ses autres écrits.

Ensuite vient mon propre travail de psychothérapeute psychanalytique à médiations. J’y reprends les étapes de la construction d’un lien avec une maman broyée par l’assassinat de sa fille de cinq ans, assassinat perpétré par le père de l’enfant. Cet être sacrifié va nous accompagner tout au long de ces pages qui retracent le travail mené avec une mère en proie à un drame impensable de par la cruauté qui le motive.
Cette psychothérapie psychanalytique à « visage multiple » que j’évoque dans le titre représente d’abord mon travail d’analyste avec ma patiente.
Elle renvoie ensuite aux différentes positions que j’ai occupées dans l’aide psychosociale aux côtés de cette patiente.
Enfin, ce « visage multiple » constitue les liens que j’ai créés avec des institutions qui sont intervenues après l’assassinat, dont le pouvoir judiciaire. J’ai mené un travail de sensibilisation et de fédération avec ces instances au quotidien, sans relâche. La formidable mobilisation humaine qui a suivi l’indicible m’émeut encore.
Nullement formée pour une telle rencontre, je m’y suis engagée totalement et j’ai fait fonction de contenant pour cette mère sidérée et dévastée. Ce fut la création d’un cadre particulier, avec un lien unique et singulier entre deux femmes en résonnance profonde. Force m’est de constater aujourd’hui, quatorze ans après les faits, que ce lien est indissoluble, voire filial et ignore le temps.

L’article de Geneviève Monnoye, psychanalyste, achève la lecture de cette revue et rejoint le coeur du thème général abordé tout au long des pages de cette revue. Cette professionnelle expérimentée rappelle les fondements de toute clinique psychanalytique en développant longuement ceux du secret médical et de la confidentialité issus du colloque singulier entre patient et psychothérapeute.
Elle développe les principes constitutifs du secret professionnel qui balisent une clinique engagée dans le plus grand respect de la parole du patient qui confie son intimité psychique à un professionnel.
Ce texte se réfère à la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, qui constitue le tronc commun des divers codes de déontologie spécifique à chaque profession, ensuite au code pénal de 1867, reprenant le cadre du secret professionnel. Notons également que l’auteure choisit de développer le concept d’intégrité psychique et sa dimension relationnelle incluant l’intégrité du psychothérapeute en exercice.
Geneviève Monnoye porte notre attention sur le fait que la relation de confiance qui s’est instaurée entre patient et psychothérapeute est plus importante que la confidence, car le patient peut alors se parler, s’il sait que ce qu’il dit ne va pas être divulgué, et encore moins colporté.
L’auteure aborde également la délicate question du partenariat avec la justice et insiste sur la séparation des tâches, des mandats. Elle distingue le partage entre le langage oral et celui de l’écrit qui fige le patient dans un dossier.
Geneviève Monnoye insiste sur la vulnérabilité du psychothérapeute qui se trouve devant des choix éthiques lors de risques de passage à l’acte de son patient et elle revient sur l’importance et la nécessité des supervisions et discussions entre professionnels, dans le respect de la confidentialité.
Chaque mot, chaque idée sont pesés et denses, amenant chez le lecteur une interpellation et une réflexion profondes. Cet article est vraiment passionnant et est complété par une impressionnante bibliographie.
Ce texte est une référence et un solide repère face à la complexité croissante des missions des différents intervenants et du statut légal de psychothérapeute.

Il termine la découverte de notre revue de 2015, dont je vous souhaite une excellente lecture.

Anne Chotteau

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