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ÉDITORIAUX de la Revue

L'IDENTITÉ SEXUELLE EN QUESTION

Pour ce nouveau numéro de Psycorps, nous avons essentiellement repris les textes de notre cycle de conférence « L’identité sexuelle en question » où, suivant en cela nos choix traditionnels, nous avons une fois de plus fait appel à des orateurs appartenant à des écoles de pensée parfois très divergentes. 

Cette revue présente donc des textes à la fois complémentaires et opposés, très marqués idéologiquement. Par exemple, bien que tous deux sexologues, Esther Hirch et Iv Psalti abordent le thème de l’identité sexuelle d’une manière très différente. Sans doute est-ce en lien avec leur sensibilité unique d’homme et de femme, mais aussi peut-être avec leur parcours professionnel singulier : l’une est docteur en médecine, l’autre en biologie ; tandis qu’elle développe une argumentation théorique et vise à affiner le diagnostic, ce dernier aborde le thème sous un angle plus pragmatique, en veillant à soutenir l’homme et la femme dans leur sexualité au quotidien.

Pour ce qui est du texte de Marianne Dalmans, plus sociologique, il vient heurter de front des conceptions frisant un certain machisme outrancier. Avec son regard de psy engagée dans un féminisme militant, elle prend le risque de lancer un cri d’alarme face aux dérives d’un nouveau masculinisme.

Ces choix ne furent pas sans effet, et la tenue de ces conférences a  même donné lieu, à notre grand étonnement, à des expressions partisanes et lobbyistes en provenance de différents mouvements, qu’ils soient gays, masculinistes ou transsexuels, avec mini manifestations et calicots… Nous avons aussi eu droit à quelques débordements oratoires lors d’échanges vindicatifs très polémiques. La question était donc bien sensible… !  

Avec son texte « Maxens, Maxime », Danièle Deschamps nous propose, dans la foulée de son dernier ouvrage Traversées du trauma, l’illustration clinique d’un patient à l’identité incertaine. Elle montre, avec la finesse qu’on lui connaît, comment les éléments de l’histoire de cet homme ont contribué à ce qu’il ait perdu ses repères identitaires. Englué dans un « trop de mère », il tentera d’échapper à la folie en se réfugiant dans la négation de son être et de son corps.

C’est tout un chemin de renaissance que Danièle Deschamps nous fait partager là, dans cette traversée de l’effroi et du plus abject pour enfin parvenir à l’incarnation de l’humain. Un « corps à corps titanesque », comme elle le dit si bien, et un cheminement lumineux. 

Esther Hirch, médecin sexologue, aborde de manière fouillée et approfondie ce qui, dans notre société actuelle, est lancé à tout-va : elle différencie clairement l’identité sexuelle anatomique et l’identité de genre (la reconnaissance du masculin et/ou du féminin en soi, et ce indépendamment ou non de son sexe biologique).

Présentation magistrale où, avec un profond respect accompagné d’une capacité à conceptualiser des thématiques bien complexes autour de ce que représente l’identité sexuelle, elle explore tous les cas de figure de la dissociation entre le sexe anatomique et la « genralité ».  

Anne Joss de Ter Beest, psychanalyste, reprend ensuite un texte publié en son temps dans le Bulletin Freudien, et elle fait le point sur la question de l’homoparentalité, principalement d’un point de vue juridique, en examinant notamment les différentes lois qui s’y rapportent. 

Pour Iv Psalti, un chat est un chat, et dans son style bien à lui de sexologue pragmatique, il explore la façon dont une femme se sentira bien dans son corps et sa sexualité, et ce au cours des différentes périodes de sa vie. Insistant sur l’importance d’une image corporelle positive, source d’assurance et de confiance dans le vécu d’une sexualité épanouie, il invite à une pratique du sexe heureuse et décomplexée.  

Marianne Dalmans – qui travaille quotidiennement avec des femmes victimes de violence morale, physique et sexuelle –, enfourche son cheval de bataille et dénonce le masculinisme ambiant afin de lutter contre les discriminations envers les femmes. Bien que psychothérapeute, son analyse est ici essentiellement sociologique, et ses prises de position toutes personnelles ne peuvent qu’ébranler certaines conceptions communément acceptées. Elle se refuse notamment à cautionner le discours qui consiste à dénoncer l’absence du père comme principale origine du manque de repères dans notre société. De quoi débattre, assurément !

Rosella Sandri, dans son texte sur le développement de l’identité sexuelle chez le bébé, nous ramène aux fondamentaux de la psychanalyse. Prolongeant les hypothèses de Freud sur la sexualité infantile, elle intègre les avancées actuelles en se basant essentiellement sur les découvertes d’Esther Bick et sa technique d’observation du bébé. Toute la force de son article repose sur l’évidence qui se dégage à partir des cas cliniques éloquents qu’elle nous présente pour étayer ses thèses. 

Je tiens également à congratuler Rosella Sandri, membre de notre école, pour le prix international de l’IPA, Psychoanalytic Training Today, qu’elle vient de recevoir en couronnement de son magnifique article, paru en partie dans notre revue : « L’utilité de l’observation du bébé selon Esther Bick dans la formation de l’analyste ». Encore toutes nos félicitations ! 

Pour ma part, j’ai choisi de vous présenter un psychanalyste chilien, Matte Blanco, peu connu chez nous, mais dont les développements théoriques n’ont pas fini de faire parler d’eux. Si, à première vue, ce texte ne semble pas s’inscrire dans le thème de cette revue, il en a néanmoins une sorte de parenté. En effet, tout comme nous baignons dans une espèce de « genralité » psychique un peu confuse – notre bisexualité psychique –, Matte Blanco nous démontre que nous avons tous en nous, entre conscient et inconscient, ce qu’il appelle un espace « symétrique » : un inconscient dans le conscient, un espace de rêve conscient. Une des particularités de cette partie hybride, c’est qu’elle s’origine dans la pensée psychotique sans pour autant en présenter la pathologie. Tout cela est, vous l’avez compris, assez complexe, mais ces notions permettent d’éclairer bien des obscurités de l’âme humaine… 

Je ne pourrais terminer la présentation de cette revue sans mentionner la triste nouvelle du décès de Joyce McDougall. Nous avions eu le privilège de la recevoir à Psycorps en 2001 lors de notre journée d’étude Les psychanalystes ont-ils un sexe ?, et elle reste toujours très présente pour nous. En son hommage, nous organisons une journée d’étude qui lui est consacrée, le 9 juin 2012, et vous trouverez en fin de revue une captivante note de lecture que Sander Kirsch a rédigée à partir de la biographie de Philippe Poret  Joyce McDougall. Une écoute lumineuse

Bonne lecture,

Jacques Van Wynsberghe

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