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ÉDITORIAUX de la Revue

Pour cette nouvelle revue, nous avons rassemblé une série d’articles passionnants se rapportant à l’enfant, ses parents et le psy. L’intérêt de l’entreprise tient au fait de mettre en relation les différents acteurs dont l’intervention conjointe est indispensable dès lors que l’on s’adresse à l’enfant – puisque comme chacun sait, un enfant tout seul, ça n’existe pas…
Les horizons des différents intervenants sont multiples – bien qu’ils soient tous apparentés à la lignée psychanalytique –, et l’on réalise ainsi toute l’ouverture à laquelle donne lieu ce champ fécond de la psychanalyse d’enfants et d’adolescents.

Dans son article sur le travail psychothérapeutique avec l’enfant, Jeanine Delgouffre, psychanalyste d’enfants, resitue d’abord dans l’histoire de la psychanalyse les différentes modalités d’écoute de l’enfant, ainsi que l’importance accordée à la réalité des objets externes, notamment les parents.
Depuis Freud – qui analysait le petit Hans par l’intermédiaire du propre père de l’enfant ! – jusqu’aux analyses actuelles influencées par Winnicott, nous assistons  à la reconnaissance progressive du rôle des parents en tant qu’agents de premier plan et à la nécessité, dans certains cas, d’un travail d’accompagnement de ceux-ci.

L’auteur montre en effet que, outre l’organisation mentale de l’enfant, la configuration familiale dans laquelle il évolue est déterminante, et chaque situation réclamera un aménagement  particulier du cadre thérapeutique. Parfois, une thérapie mère-enfant sera la plus indiquée, afin de ne pas forcer prématurément la séparation, et c’est en offrant une enveloppe commune sécurisante que peu à peu la différenciation pourra s’opérer. Mais même lorsqu’une thérapie individuelle sera possible, le thérapeute devra rester attentif  aux retentissements sur les parents du travail réalisé avec l’enfant.
Jeanine Delgouffre dégage enfin un ensemble de principes d’accompagnement des parents en cours de processus – l’alliance, la déculpabilisation, le partenariat, etc. Elle souligne ce travail de tri que l’analyste doit effectuer entre les influences internes et externes pour pouvoir rester à l’écoute du patient. Se situant au carrefour de la subjectivation de l’enfant et de celle de ses parents, le thérapeute se présente aussi comme le parent des parents : il les aide à contenir leurs angoisses et les accompagner participe donc intégralement du processus thérapeutique. Une mise au point très éclairante.

Rosella Sandri, psychanalyste et formatrice à l’approche de l’observation du bébé selon Esther Bick, nous revient avec un article très « clinique », où elle nous emmène dans l’intimité de son cabinet pour nous faire partager son cheminement avec Manuel et sa famille.
Manuel, deux ans et demi, est un enfant à risque d’évolution autistique, et Rosella Sandri nous livre ici toute une tranche de son parcours thérapeutique. Elle nous montre par le menu comment se développe ce passage d’un vécu archaïque à la constitution d’un premier contenant psychique pour cet enfant en quête d’un espace propre.

Elle démontre aussi que tout au long de ce processus thérapeutique – un travail d’orfèvre, tout en nuances et en sensibilité –,  la collaboration avec les parents est essentielle. Ainsi, certaines séances où les parents sont des partenaires à part entière permettent à chacun d’élaborer dans l’espace thérapeutique des angoisses primitives qui étaient restées non symbolisées depuis la naissance de l’enfant.
Au travers de cette vignette clinique, c’est un réel privilège que de pouvoir ainsi accéder à cet intime de la relation analytique. Merci vivement à l’auteur !

Nathalie Ferrard, psychanalyste spécialiste de la dyade mère-enfant, nous livre, elle, dans un texte rare et émouvant des fragments de son travail de terrain avec des familles démunies. Avec pour visée un soutien à la parentalité, elle a développé, dans le cadre d’une consultation périnatale implantée dans un quartier défavorisé, une forme particulière d’accompagnement à domicile.
Ces parents, aux histoires particulièrement lourdes, rencontrent en effet des difficultés majeures à établir un lien durable, même avec leur propre enfant. C’est par le biais d’entretiens à domicile, à l’occasion de l’arrivée d’un nouveau bébé, qu’un travail sur le lien peut-être amorcé en soutenant les parents à ce moment crucial pour eux.

En plus d’une théorisation qui ouvre à des auteurs tels que Maurice Berger et ses Enfants barbares, Nathalie Ferrard nous plonge, à travers ces exemples cliniques poignants, au cœur même du vécu de ses expériences. Nous retransmettant avec justesse l’atmosphère de ces univers quarts-mondistes en compagnie de Martine, Marcel et Louise, elle nous mène aux limites de l’imaginable, au cours de ces entretiens improvisés au beau milieu de la cuisine, la télé allumée…
Il faut lire ces récits pour réaliser quelle humanité se dégage de ces rencontres, et l’on comprend mieux ce que veut vraiment dire « travailler sur le terrain » : non pas une abstraction de salon, mais un véritable vécu où il faut y aller à bras le corps, en acceptant de « mouiller sa chemise », au sens propre du terme parfois…
Magnifique témoignage d’un travail de prévention qui n’est pas sans rappeler, outre les « kitchen therapy » de Selma Fraiberg, les « bare-footed psychoanalyst », les « psychanalystes aux pieds nus » des années 70 en Angleterre, qui ont eu le courage de quitter leurs cabinets feutrés pour oser rencontrer les patients dans leur milieu de vie. Impressionnant et émouvant.

Dans son article « Que sont les parents devenus », Brigitte Dohmen se penche avec justesse sur la question de la parentalité. Chacun a pu constater que celle-ci est aujourd’hui en crise, et qu’un retour aux valeurs d’antan – pour autant que ce soit souhaitable… – est de toute façon utopique ; quant à l’avenir, il semble bien incertain !
Qu’est-ce qu’être parents ? L’auteur décrit brièvement cette crise de la maternalité et de la paternalité, pour ensuite préciser ce que c’est qu’être parents, en en détaillant les deux principales modalités d’expression : la fonction maternelle et la fonction paternelle.
Brigitte Dohmen examine ensuite longuement les changements de la famille à travers les époques, ainsi que l’évolution de la place de chacun – père, mère, enfant – jusqu’à aujourd’hui. Disparition de la légitimité du père, au statut particulièrement précaire, envahissement de la figure maternelle maintenant l’enfant dans un utérus virtuel, et tyrannie de l’enfant-roi, projection narcissique des parties infantiles des parents : telle est la nouvelle triade de l’Œdipe contemporain…
Une mise au point salutaire et un constat implacable ! Mais que sont donc ces hommes, femmes et enfants devenus ?

Les deux articles suivants sont les comptes-rendus d’une conférence donnée conjointement par Martine Vermeylen et Bruno Le Clef sur le thème de la psychothérapie psychanalytique exercée dans le cadre des thérapies familiales.
Martine Vermeylen, dans « Une approche familiale psychanalytique », dressera d’abord un tableau succinct de cette pratique et de ses fondements théoriques, en se référant notamment à Paul-Claude Racamier, Didier Anzieu, Alberto Eiguer, Maurice Berger, Albert Ciccone et René Kaës, entre autres.
Sur base de la métapsychologie freudienne et à partir des expériences cliniques de la psychanalyse de groupe, tel le psychodrame psychanalytique, elle précisera la spécificité des approches familiales et les éléments particuliers du cadre mis en place. L’analyse de la demande ainsi que l’exposé des différents types de transferts seront évoqués. Un exemple clinique ainsi qu’un intéressant lexique des concepts-clés viendront clôturer ce rapide aperçu de cette approche extrêmement prometteuse.

Bruno Le Clef en développera, lui, un aspect plus spécifique au travers de son article « L’Objet Incorporé Transgénérationnel ». Au travers d’un cas clinique particulièrement fouillé, l’auteur illustre ce concept qui rend compte d’un mode spécifique de transmission intergénérationnelle. Lors d’un processus de deuil, un objet perdu qui ne peut être introjecté suit alors la voie d’une incorporation. Devenant alors un hôte étranger, cet objet se transmet de génération en génération et ne se révèlera que par la réédition de passages à l’acte prenant l’allure de symptômes plus ou moins graves se manifestant au sein du groupe familial. Ce sont ces symptômes qui seront l’objet d’un travail psychanalytique portant sur l’analyse des différentes transmissions intergénérationnelles. Un génogramme assez édifiant vient illustrer toute la complexité de l’approche.

Enfin, dans un texte sur l’adolescent endeuillé en thérapie familiale, Romano Scandariato, psychothérapeute familial, aborde toute la question de l’impact dans une famille, et spécialement pour un adolescent, du décès d’un de ses membres.
Pour l’auteur, les conséquences d’une disparition dépendent certes de l’intensité des liens avec la personne décédée, mais aussi de la place de chacun dans la famille et des relations dans l’ensemble du système. Pour le thérapeute, les choses doivent donc être envisagées d’un double point de vue, individuel et groupal.
Après avoir examiné les trois grandes phases « normales » par lesquelles passent les endeuillés adultes (phase de choc, phase de dépression et phase de rétablissement), Romano Scandariato montre comment ce deuil affecte de façon différente chacun des membres de la famille, les réactions des enfants étant différentes de celles des parents. L’enfant ne peut en effet entamer un travail de deuil que si ses parents acceptent de s’y engager également, sinon il ne s’y autorisera pas. Pourquoi ?
La première raison, c’est que l’enfant a la ferme conviction que le décès de la personne aimée a été provoqué par ses propres sentiments hostiles.
La seconde raison – et nous retrouvons ici la même lecture que Bruno Le Clef, dans la droite ligne d’Abraham et Torok –, c’est qu’une « crypte » va se créer à l’intérieur de l’endeuillé pour protéger l’image incorporée de toute évolution : il s’agit de mettre à l’intérieur de soi le défunt tel qu’on se le rappelle, en entretenant constamment cette image en soi.
Pour qu’un travail de deuil puisse se faire, il faudra donc ouvrir cette crypte et élaborer progressivement les souvenirs : transformer l’incorporation en introjection – ce qui est habituellement vécu comme un abandon du défunt… D’où la difficulté ! Pour l’enfant, cela équivaut à trahir sa famille : il préfèrera donc mettre l’événement traumatique entre parenthèses et l’encrypter à son tour… À l’adolescence, un remue-ménage interne va mobiliser la crypte en forçant le jeune à affronter ce deuil. Ne pouvant mettre en mots son dilemme et soumis à cette double contrainte (pression psychique interne et interdit d’en parler), l’adolescent va s’exprimer par des symptômes et des passages à l’acte plus ou moins destructeurs.
L’auteur illustre abondamment ses hypothèses théoriques par des exemples cliniques brillamment analysés, et montre – si besoin en était encore – que dans ces situations, seule la prise en compte de l’ensemble du système familial pourra permettre la résolution de ce type d’impasse.

Tout autre est l’article d’Isabelle Tilmant, qui interroge avec pertinence la question du désir d’enfant : « Pourquoi une femme a-t-elle des enfants alors qu’une autre n’en aura pas ? » Phénomène interpellant, en effet, quand on sait qu’en Allemagne, par exemple, près de 30 % des femmes décident aujourd’hui de ne pas enfanter !
Qu’est-ce qui motive donc ce choix qui vient s’inscrire avec autant d’acuité dans l’intime de la femme ? Pourquoi assistons-nous à de tels changements dans les mentalités ?
Isabelle Tilmant, auteur du livre Épanouie avec ou sans enfant, nous partage de façon assez exhaustive ses interrogations et ses hypothèses de compréhension, en les situant dans un contexte historique, pour ensuite en aborder les implications psychologiques. Les aspects de transmission intergénérationnelle et les aléas de l’histoire familiale y trouveront évidemment une place de choix.
La sortie de la confusion longuement entretenue entre la mère et la femme permettent, au travers de l’exploration des concepts de maternalité et de féminalité, de mieux comprendre toute la complexité de ce désir qui se concrétisera ou non dans un projet d’enfant.
Une analyse fouillée et captivante.

Comme à l’accoutumée, nous clôturons cette revue par quelques notes de lecture dont, il faut le souligner, la présentation des dernières parutions de deux membres d’honneur de notre École, Catherine Bergeret-Amselek, avec La vie à l’épreuve du temps, et Danièle Deschamps avec Traversées du trauma. Aux frontières de la clinique psychanalytique. Toutes nos félicitations à eux.

Bonne lecture,                     

Jacques Van Wynsberghe.

 

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