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ÉDITORIAUX de la Revue

Après une longue attente, dont nous prions le lecteur de nous excuser, nous sommes enfin en mesure de vous présenter cette deuxième revue sur le thème de la violence. Voici donc notre cuvée 2004 – 2005, dont nous avons rassemblé deux numéros en un seul volume plus important ; ce sera d’ailleurs dorénavant le cas lors de nos prochaines parutions. Nous clôturons ainsi notre vaste recherche sur le phénomène de la violence, poursuivie dans différents secteurs du champ social et analysée sous des angles parfois inattendus Francis Baudoux donne d’emblée le ton, avec un texte très personnel et particulièrement  engagé sur « la violence initiante », dans lequel il nous explique comment des années de divan, de psychodrame lacanien et de travail bioénergétique sous toutes ses formes ne l’ont pourtant jamais enraciné dans le terreau d’une école. Psychothérapeute sans appartenance, il a finalement senti que sa maison à lui était un « temple maçonnique ». Bien qu’il y soit entré en 1967, ce n’est qu’aujourd’hui qu’il se sent la liberté intérieure, la capacité et le désir de partager avec les « profanes » la beauté de ce « Grand Livre aux XXXIII chapitres ». Après le récit détaillé de son itinéraire personnel, il nous ouvre la porte de ce monde initiatique étrange, articulé autour de l’axe « meurs et deviens » et héritier de cette tradition selon laquelle « un des chemins de la maîtrise de soi  passe au travers de l’ultime lâcher prise pour re-naître et se développer vers la lumière ». La « radicalité violente » de ce postulat valorise des outils symboliques initiants, tels ceux du meurtre et du sacrifice rituels, et l’on ne peut que reconnaître la convergence de cette voie avec celle de tout chemin initiatique, dont celui de la thérapie…

C’est dans un tout autre univers que nous convie Luc Laurent, qui nous livre une réflexion et un témoignage captivants sur la violence au cœur d’une institution pour enfants et adolescents. Après une description de l’I.M.P. où il exerce et un survol des concepts auxquels il se réfère, il illustre son propos par quelques situations bouleversantes révélant différents types de violences ou du moins de potentialités violentes. Il distingue enfin plus systématiquement plusieurs sortes de violences en institution. Après avoir souligné que les institutions elles-mêmes sont intrinsèquement violentes, il décrit les violences « ordinaires », puis celles induites par les problématiques caractérielles dont le sens s’inscrit dans une répétition transgénérationnelle. Son propos ne se limite pas à ce seul inventaire : il trace aussi pour nous quelques lignes directrices ouvrant la porte non seulement à une meilleure compréhension de ce qui est en jeu, mais surtout à une subjectivation soutenant la fonction de représentation chez ces adolescents en mal de symbolisation.

Danièle Deschamps nous revient avec un article interpellant où elle donne à réfléchir sur un thème qui lui est cher, celui du trauma. Dans les situations d’urgence où il est difficile de « penser l’impensable », elle souligne l’inadéquation de cette pression collective qui impose de « parler son trauma », y percevant même une espèce d’injonction sociale paradoxale visant à une pensée unique. Son texte est le patient développement de cette intuition où elle ose « penser des germes de pensée subversive », en référence à  la place que peut et devrait occuper la fonction psychanalytique dans notre société. « Comment rendre vie à ce qui semble mort ? Comment symboliser l’effraction insymbolisable ? » Nous avons ici un avant-goût du dernier ouvrage passionnant de Danièle Deschamps, L’engagement du thérapeute, dont nous saluons la sortie cette année chez Erès et dont vous trouverez une présentation en fin de volume.

Régina Goldfarb, quant à elle, aborde le thème de la psychose chez les personnes âgées, sujet qu’elle connaît bien puisqu’elle en a une longue pratique. Autre forme insidieuse de violence que ce rapide étiquetage en diagnostic psychiatrique de troubles dus tout simplement à l’angoisse de vieillir ! L’hypothèse que l’auteur émet est en tout cas des plus intéressantes ; se basant sur son expérience personnelle ainsi que sur les écrits de nombreux spécialistes dans le domaine, elle développe l’idée qu’en l’absence d’antécédents psychiatriques, l’on se trouverait en présence, non pas d’une psychose, mais plutôt d’une réponse propre au grand âge face à un vécu de pertes sensorielles et motrices, dans le cadre d’un désert relationnel et sur fond d’angoisse fondamentale insoutenable. Plutôt que psychotiques, ces personnes vieillissantes ne seraient-elles pas plutôt folles d’angoisse et d’effroi face à leur vieillissement et surtout face à la proximité de leur propre mort ? Il y a de quoi, en effet…

Le dernier article aborde une ultime forme de violence, aussi incontournable que celle de la nature puisqu’il ne s’agit rien de moins que de celle de la naissance ! Encore est-il possible de la rendre plus confortable, ce qui est loin d’être le cas. Ce sont deux jeunes sages-femmes, Alexandra Segonne et Emilie Stevens, qui élaborent cette salutaire réflexion sur la grossesse et l’accouchement. Partant du constat qu’avec l’apparition de l’échographie et du diagnostic anténatal, les professionnels de la naissance doivent pratiquer de plus en plus d’actes médicaux – sur une femme qui se découvre de plus en plus sensible, de même que son fœtus, – les deux auteurs se posent la question de l’adéquation des techniques utilisées actuellement. Ces gestes censés apporter une protection médicale sont-ils réellement sans conséquences ? Tient-on compte de la souffrance physique et psychique que ces actes apparemment anodins peuvent infliger à la mère et à son fœtus ? Leur observation du milieu médical, où des soins sont parfois prodigués sans douceur, les ont en tout cas amenées à s’interroger sur les conséquences de ces gestes. Leur remarquable travail de recherche les a aussi conduites à explorer différents champs de la périnatalité, tels le lien mère/fœtus, la vulnérabilité de la femme enceinte, les différents vécus du fœtus lui-même et les impacts des actes obstétricaux sur l’ensemble de ces paramètres. Bien qu’il soit d’une taille particulièrement imposante, nous avons jugé bon de publier l’intégralité de ce travail ainsi que son annexe, tant sa qualité nous semble mériter notre intérêt. Merci à elles.

Je ne pourrais terminer cet éditorial sans signaler que cette année, qui fut décidément très prolifique pour les membres de notre société, a aussi vu la parution d’un autre ouvrage, chez Amyris cette fois, Trois fées pour un plaidoyer, dû à la plume de Brigitte Dohmen, Corine Gere et Christiane Mispelaere, toutes trois également de notre école et dont une note de lecture rend compte en fin volume. Hommage soit rendu à ces défricheuses et empêcheuses de tourner en rond !

Bonne lecture ....

Jacques Van Wynsberghe

 

 

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