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ÉDITORIAUX de la Revue

Poursuivant la piste entamée lors de notre précédente publication, nous reprenons dans cette nouvelle revue le thème, si essentiel pour la psychothérapie, du cadre et de ses aménagements.

Freud lui-même n’a pas théorisé le cadre, qu’il avait pourtant génialement pressenti, mais il a laissé à ses successeurs l’énorme tâche d’approfondir son œuvre. C’est à ce travail que s’attelleront divers psychanalystes, et l’on observera au cours du temps une variabilité du concept en fonction des pathologies observées, celles-ci se révélant elles-mêmes dépendantes des changements observés dans le champ social. Ce sont, nous dit André Green dans son dernier ouvrage Idées directrices pour une psychanalyse contemporaine, toutes les situations « limites » auxquelles l’analyste est confronté qui l’amèneront à prendre des décisions qui l’obligeront à renoncer au cadre analytique classique pour leur en préférer d’autres où la perception de l’objet y est maintenue.

C’est la tâche délicate à laquelle se sont risqués les auteurs de ce présent recueil d’articles, qui s’annoncent tous plus captivants les uns que les autres.

Brigitte Dohmen, fidèle à son style rédactionnel,  nous livre ici une analyse systématique de la question de cadre, dont elle explore l’historique ainsi que les différents éléments constitutifs. Se basant sur Freud pour aboutir à Anzieu et Roussillon, elle développera les fonctions du cadre ainsi que ses dispositifs : physique (temporel, spatial, matériel, etc.) et psychique (fonctionnement et règles éthiques). Partant ensuite des limites présentées par le cadre de la cure-type, elle en proposera les modifications indispensables à l’établissement d’une relation thérapeutique permettant de rejoindre le patient là où il se trouve, sans pour autant renoncer à la perspective psychanalytique. Ce cadre, « une nécessité à la fois souple et rigoureuse », permettra au processus et au transfert de se développer, tout en laissant la symbolisation prendre progressivement sa place. Brigitte Dohmen présente alors de manière très concrète la manière dont elle met en œuvre ce setting, dans l’optique de la psychothérapie analytique à médiation corporelle.

Charo Roncero fait œuvre de pionnière en appliquant la « méthode de l’observation du nourrisson selon Esther Bick » dans une unité de néonatologie avec des bébés prématurés, où elle  a développé une approche  originale, une écoute particulière nécessitant de toute évidence une adaptation du cadre analytique. Un de ses objectifs est d’avoir l’occasion d’intervenir le plus tôt possible chez le bébé ou dans son environnement, dès l’émergence d’un trouble, afin d’éviter, autant que faire se peut, toute chronification de la symptomatologie.

Pour y parvenir, elle a élaboré un cadre lui permettant d’apporter un contenant aux mouvements émotionnels qui émergent avec force dans ce lieu où vie et mort se côtoient quotidiennement, et tant le bébé que les parents ou le personnel soignant pourront bénéficier de son aide apaisante. Nous sommes heureux de collaborer à mieux faire connaître cette approche dont la visée préventive mérite certainement un large écho.

Jean-Pierre Lebrun, qui signe ici un article particulièrement important sur le thème du démenti, nous offre, dans une perspective lacanienne,  une vision assez différente du cadre — en aucune façon comparable avec le setting de Winnicott — et il nous montre à quel point des changements éminemment  préoccupants sont en train de se produire aujourd’hui dans notre société, ce qui ne manque pas d’avoir une incidence directe sur les pathologies actuellement rencontrées, et donc sur la manière de les aborder en consultation. Il constate par exemple qu’aujourd’hui, il n’y a souvent plus de demande, le demandeur étant généralement, non pas le patient, mais un de ses proches…

Pour le docteur Lebrun, dans la lignée de Lacan, le cadre est à entendre, pour autant que je le comprenne bien, comme la structure de la personne, ou encore comme son rapport à l’Autre, à la scène de l’Autre, cet Autre étant en l’occurrence généralement représenté par la mère. C’est l’intervention d’un « second Autre », le père, qui permettra au sujet de se dégager de ce premier Autre, et la façon dont il interviendra sera déterminante pour la structure future du sujet : névrose, psychose ou perversion. La confrontation au cadre, ce sera donc la confrontation de la structure du sujet à ce rapport inaugural qu’il a mis en place avec l’Autre.

Aujourd’hui, la figure de l’Autre a changé : nous n’avons plus affaire à l’Autre religieux, à qui nous devions nous plier,  mais à l’Autre de la science, et le mécanisme psychique favorisé ne sera plus celui du refoulement, mais celui du démenti — ou encore du déni — un mécanisme pervers auquel la société actuelle accule le sujet en prescrivant un jouir sans bornes. Cela aura des conséquences anthropologiques fondamentales puisque, les anciennes valeurs se trouvant être pulvérisées, le social ne donnera plus l’information essentielle que la limite à la jouissance est nécessaire. La conséquence en sera la désactivation du processus de subjectivation : les nouveaux patients sont devenus des « pseudo-sujets », dont la prise en charge nécessite un type d’intervention autre que doit inventer l’analyste pour appréhender ces nouvelles formes de pathologies.

Ces considérations sociologiques essentielles introduisent bien à propos la dernière contribution à notre revue, qui se trouve être la mienne, et qui traite justement de ces « pseudo-sujets » que sont les personnes soumises à l’emprise de leur « faux Self », un terme que l’on doit à Winnicott, mais qui a trouvé au fil du temps des acceptions beaucoup plus larges. Ce concept de faux Self, dont la notion mérite assurément d’être approfondie, est à mes yeux de la plus haute importance puisque c’est toute la suite du processus thérapeutique qui se trouverait mise inéluctablement en échec si l’on s’engageait imprudemment dans cette voie sans issue. Une fois le concept et ses corollaires explorés, nous avons trouvé intéressant de proposer un certain nombre de pistes permettant d’aborder ce type de problématique, ceci étant par ailleurs une occasion de présenter plus en détail, dans le cadre de notre école de psychothérapie analytique à médiation corporelle, un autre exemple d’un type de travail thérapeutique en prise avec le travail corporel.

Puissent une fois de plus ces articles passionnants nourrir votre pratique comme ils ont enrichi la mienne, et vous ouvrir de nouveaux horizons,

Bonne lecture…

Jacques Van Wynsberghe

 

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