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ÉDITORIAUX de la Revue

Ce numéro est le premier de deux volumes consacrés à l’archaïque. L’archaïque, c’est ce qui est inscrit au plus profond de nous, sous forme de terreurs indicibles liées à des moments où nos systèmes pare-excitations ne fonctionnent pas encore ou plus, des moments où notre capacité de contrôle nous échappe laissant entrevoir l’éventualité de notre mort, physique ou psychique. Nous commencerons par un exposé centré sur l’aube de la vie pour terminer par un autre concernant son crépuscule. Deux moments cruciaux où le spectre de la mort est au rendez-vous et, avec lui, son cortège de peurs archaïques.

 

Lors d’une conférence retranscrite ici, l’équipe du service néonatal de l’Institut Médical Edith Cavell nous a présenté son travail. Ce service accueille à la fois de très grands prématurés et des bébés qui ne sont pas menacés dans leur survie. Un des pédiatres nous explique ce que l’introduction de « psys » dans ce milieu de haute technologie médicale, basé sur l’agir, l’urgence et l’efficacité, a apporté de confrontation et d’évolution. Brigitte Dohmen a choisi de nous parler de l’archaïque chez les parents d’abord : comment il est stimulé pendant la grossesse et tout particulièrement lors de l’accouchement. Lorsque la naissance se passe mal et que la survie du bébé est en jeu, « tout cet arrière-fond archaïque va exploser ». La souffrance des parents est énorme. Des sentiments d’échec, d’impuissance et d’incompétence les submergent souvent, rendant une intervention psy utile voire nécessaire. Elle nous parle ensuite des soignants qui, confrontés à la souffrance des bébés et des parents, sont eux aussi aux prises avec l’archaïque qui gît en eux. Elle définit le rôle des psys comme une aide à développer une capacité de contention de tous ces vécus difficiles et douloureux.

Claire Devriendt-Goldman a choisi de se focaliser sur le bébé, sur ses vécus proto-émotionnels et proto-sensoriels. Pour ce faire, l’exposé a été illustré par la présentation d’une vidéo, réalisée par les infirmiers de l’équipe, et qui montre la vie des bébés dans l’unité. Il est très perceptible, dans le débat, d’observer à quel point ces images ont stimulé des vécus archaïques dans le public présent.

Une première séquence a montré un bébé en situation de douleur et de surmenage sensoriel. Ce bébé essaie d’abord de se maintenir entier puis se désorganise de plus en plus, malgré l’aide d’une infirmière qui essaie de le contenir. Il finit par perdre son sentiment de continuité d’être et s’enferme dans un repli autistique.

Dans une autre séquence, on voit un bébé éprouver des angoisses archaïques dans son bain suite à une légère défaillance du holding, et tenter de s’en défendre grâce à divers agrippements. Pour aider un bébé dans cette situation, il faut à la fois une contention manuelle, psychique et verbale.

Une troisième séquence montre un massage-bébé qui donne à penser, comme le disait, que « le Moi est avant tout un moi corporel », c’est-à-dire que le corps sert d’étayage au psychisme. Les contacts avec la peau du bébé peuvent favoriser cet étayage pour autant qu’ils ne soient pas débordants pour lui.

D’autres questions ont également été abordées : celle de l’implication des parents face aux soins et celle du départ du service.

Dans une autre conférence retranscrite ici, Madame Godfrind a abordé comment Freud est passé du corps à la symbolisation, dans sa pratique comme dans sa théorie et quelle est la place du corps dans l’analyse. Freud est parti de thérapeutiques corporelles pour découvrir, grâce à l’hypnose, l’existence de l’inconscient. Le symptôme corporel exprime un conflit psychique refoulé, souvent de nature sexuelle. « La cure psychanalytique repose sur le postulat que le psychisme intègre le corps ». Le travail psychanalytique est un travail de parole où le corps est mis entre parenthèses au profit de la mentalisation. Ses axes essentiels sont la recherche de l’inconscient et le transfert. Ses outils sont l’écoute et l’interprétation.

Jacqueline Godfrind envisage le corps selon deux axes : le corps symptôme et le langage du corps. Parfois « le corps parle la psyché » soit dans des symptômes hystériques, soit dans des problèmes psychosomatiques. Ceux-ci sont représentatifs de failles de la symbolisation et nous mettent en contact avec des zones beaucoup plus archaïques de la personnalité. C’est la capacité de rêverie de la mère qui met en place une aptitude à symboliser chez l’enfant. Jacqueline Godfrind reprend les étapes de ce processus. Mais, quand celui-ci a été déficitaire, on assiste à des troubles psychosomatiques, des agis éclatés, des passages à l’acte, des pathologies de l’affect. Le travail analytique sera différent avec ces problématiques et sollicitera plus le contre-transfert de l’analyste. Même si l’analyse est un travail de parole, le corps en est le soubassement. « Il y a tout un langage du corps qui soutient l’échange par le langage. » Les communications d’inconscient à inconscient entre analyste et analysant passent aussi par le corps de l’un et de l’autre. Le corps est ce qui est le plus proche de l’inconscient archaïque.

Rosella Sandri nous parle ensuite des « parties-bébé » chez les patients adultes. Il s’agit « d’aspects de la personnalité qui ont gardé un mode de fonctionnement primitif, étroitement lié aux expériences vécues dans la petite enfance. » Ces parties-bébé suscitent certaines associations chez le patient et chez le thérapeute qui, si celui-ci est sensibilisé à l’archaïque, peuvent prendre sens et permettre l’intégration d’émotions très primitives.

Rosella Sandri propose de considérer certains rêves comme une « mémoire des premiers vécus psychiques et corporels ». Selon elle, « certains rêves représentent des tentatives de penser et de résoudre des questions très importantes qui n’ont pas pu être élaborées pendant la petite enfance et qui vont « remonter à la surface » suite à l’impact émotionnel vécu dans la relation transférentielle. » La relation du bébé avec sa mère est marquée par une rythmicité qui est à la base de la mise en place d’une temporalité. Le bébé devient alors capable d’anticiper les événements. Dans la thérapie aussi, une rythmicité commune se crée entre le patient et l’analyste. Celui-ci aura à trouver le rythme qui convient à chaque patient pour permettre l’intériorisation d’un rythme commun et la mise en place d’une temporalité interne. Elle nous montre comment certains rêves peuvent être révélateur de ce processus. Elle nous partage ensuite son hypothèse de l’existence « d’embryons psychiques congelés », de parties de la personnalité dont le patient a dû se cliver très précocement pour se protéger d’une souffrance intenable. Ils représentent des noyaux autistiques à l’intérieur d’une personnalité plus névrotique. L’analyste doit non seulement contenir mais aussi éprouver des vécus primitifs difficiles dans sa relation au patient, ce qui mettra son contre-transfert à rude épreuve. Avec beaucoup de sensibilité, elle nous illustre ces hypothèses par des cas cliniques. Elle termine en évoquant le travail analytique avec des femmes enceintes chez qui les rêves sont fréquents et particuliers. Dans tout ce travail, la situation analytique est décrite comme une matrice psychique qui permet le développement de ces parties non nées.

A l’autre extrémité de la vie, Régina Goldfarb nous parle des personnes âgées. Dès le début de notre vie, nous allons vers notre fin. Sur le chemin, notre corps se transforme, diminue ses capacités, confrontant inexorablement la personne qui vieillit aux angoisses archaïques. La vieillesse impose des limites de plus en plus contraignantes, amène un appauvrissement sensoriel, une limitation du monde relationnel, la solitude et l’approche incontournable de la mort. Face à la peur de mourir, peu arrivent à la sérénité. Beaucoup se réfugient dans le déni, voire la démence comme façon de se protéger de cette réalité trop effrayante, ou dans un retour à la position schizo-paranoïde. « Sa pensée est en perte de vitesse, ses modes d’appréhension sont défaillants, ses mécanismes de défense ne parviennent plus à remplir leur fonction, ses facultés d’adaptation sont émoussées, et le monde interne va faire irruption avec plus ou moins de violence. » La personne âgée projette dans le monde extérieur le mauvais qu’elle vit en elle. « Devant le risque de destruction du moi, on voit apparaître des thèmes persécutifs. » Pour compenser cela, elle a besoin de pouvoir intérioriser un bon objet qui lui fait souvent défaut dans son entourage. C’est alors le rôle des professionnels de le lui proposer.

Bonne lecture...

Brigittte Dohmen

 

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