-->
user_mobilelogo

Rechercher la Revue

ÉDITORIAUX de la Revue

Ce numéro de la revue aborde différentes médiations utilisées dans le travail psychothérapeutique avec les adultes et les enfants. Certains patients, présentant des problématiques plus archaïques, ont obligé les psychanalystes à assouplir le cadre et à diversifier leurs moyens d’intervention afin de leur rendre l’analyse accessible.

Ferenczi est le premier à avoir abordé ce sujet. Brigitte Dohmen nous en parle en le situant comme le précurseur de la psychothérapie analytique à médiation corporelle. Il est l’auteur dont Psycorps est le plus proche. Elle raconte la vie de ce personnage attachant et fascinant, l’histoire de sa relation à Freud et comment ces deux hommes se sont enrichis mutuellement au niveau de leurs travaux réciproques. Ferenczi a été censuré pendant de très nombreuses années, c’est la raison pour laquelle il a été longtemps méconnu. Brigitte Dohmen parcourt sa théorisation et nous montre que, tout comme Freud, il était un chercheur passionné qui s’est intéressé à beaucoup de domaines avec curiosité et créativité en même temps que rigueur et honnêteté. Ce qui frappe avant tout, c’est sa volonté de rendre l’analyse accessible aux patients jusque-là peu pris en compte par elle. Pour ce faire, il insiste beaucoup sur la formation des analystes et l’analyse de leur contre-transfert mis généralement à rude épreuve par ce type de patients. A travers la (re)découverte de son œuvre, il apparaît clairement que Ferenczi a été non seulement le précurseur de la psychothérapie analytique à médiation corporelle mais aussi de nombreuses autres approches qui se sont développées par la suite.

Régina Goldfarb nous parle ensuite de Winnicott qui, à sa manière, a fait le même genre de démarche : rendre l’analyse accessible aux enfants et aux adultes avec un faux self. Elle ressitue d’abord le groupe des indépendants dont Winnicott faisait partie. Ce groupe d’analystes s’intéressait à la fois aux théories de Sigmund et Anna Freud et à celle de Mélanie Klein mais ils avaient fait le choix de développer leur propre vision des choses. Régina Goldfarb relève ce qu’ils ont emprunté à l’une et l’autre théorie et en quoi ils s’en différenciaient. Ensuite, elle reprend plus précisément Winnicott qui a mis l’accent sur l’importance de l’environnement pour le nourrisson et pour le patient en thérapie. La prise en compte des traumatismes réels l’amène à considérer que la thérapie doit être un environnement soutenant et suffisamment bon, ce qui l’amènera à adapter son cadre au patient. Elle nous parle de la façon souple et créative dont Winnicott fournissait un « holding » à ses patients et dont il abordait un travail de régression avec eux. Pour Winnicott, la fin justifie les moyens, si l’analyse classique n’est pas possible, les médiations s’imposent d’elles-mêmes.

Les auteurs suivants nous présentent des exemples de médiations utilisées dans le travail analytique.

Nicole Minazio nous fait entrer dans « l’espace du jeu », cet espace transitionnel si cher à Winnicott. Moreno, son fondateur, en avait envisagé surtout l’aspect cathartique. Les analystes vont en faire un espace favorisant un travail psychique et son élaboration. « Dans l’après-coup du développement du jeu dramatique et des jeux qui s’enchaînent, s’effectue un travail de liaison entre le soma et la psyché, entre le jeu actuel et les prémisses d’une remémoration, entre l’absence et la présence, entre l’affect et la mise en représentation. » Le jeu permettant des identifications différentes aux protagonistes devient « une expérience pour symboliser ». Le psychodrame permet d’aborder des patients qui présentent des failles dans leur capacité de penser et de symboliser ou qui sont clivés d’une partie d’eux-mêmes, le reste de leur personnalité ayant un fonctionnement névrotique « normal ». Dans ces cas, c’est à l’analyste de « faire » ce qu’il faut pour (r)établir cette capacité de penser et de jouer. En psychodrame, acte et représentation ne sont pas opposés mais associés. Le cadre sert de contenant dans lequel se déroule un « théâtre du transitionnel ». Nicole Minazio nous décrit les trois temps de la séance qui, chacun, ont leur importance. C’est ici l’activité ludique qui sert de médiation pour permettre l’expression de la souffrance psychique et le dévoilement de l’inconscient.

Diane Drory nous parle d’une autre médiation, celle du dessin dans les thérapies d’enfant. Le dessin, comme l’agir, permet à l’enfant de traduire son monde interne, son histoire, ses souffrances… Il est un de ses modes d’expression privilégié. « Le dessin est à la pensée ce que l’écriture est à la parole », nous dit Diane Drory. L’image est une expression archaïque de la pensée. Avec son dessin, l’enfant communique avec nous d’une façon très individualisée. Chaque élément aura une signification qui lui est particulière. L’enfant y exprime ses conflits intrapsychiques et relationnels, tout au moins si son dessin n’est pas « influencé » par l’adulte. Comme pour l’adulte, l’interprétation ne peut se trouver que dans les associations de l’enfant. Quand celui-ci se sent compris et respecté par l’adulte qui lit son dessin, il sait qu’il peut lui faire confiance. Diane Drory nous décrit l’évolution du dessin du stade fœtal au stade phallique. L’enfant dessine d’abord pour conjurer sa perte de l’état unitaire. Dans son dessin, il nous parle de sa vie fœtale et de sa naissance. La trace est produite par un geste qui est un expression du corps donc de la mémoire de l’enfant. Plus tard, ses dessins parlent de sa relation primaire à sa mère puis de la découverte de son corps et de la construction de son image du corps. L’enfant passe de l’avoir (stade oral) au faire (stade anal) puis à l’être (stade phallique). Il y apprend à affirmer ce qu’il est. Illustré de magnifiques dessins d’enfant, cet article nous fait découvrir la passionnante conquête de lui-même et du monde qui est la tâche de chaque enfant.

Willy Van Lysebeth nous entraîne ensuite dans l’univers de la relaxation analytique. Cet outil, déjà exploré par Ferenczi, a été utilisé diversement par différentes approches. C’est au début des années soixante que la relaxation analytique se développe. Elle se réfère au cadre et à la théorie psychanalytique et s’adresse elle aussi à ces patients considérés comme « inanalysables », généralement des patients psychosomatiques. « Le travail thérapeutique s’effectue par séquences. Il comporte des mises en latence et d’autres temps d’élaboration implicite. » Ce que le patient éprouve et pense est nécessairement tourné vers le thérapeute. Au début de la séance, le thérapeute parle et sa voix est utilisée comme objet transitionnel. Il donne des « repérages d’attention ». « Ces constructions sensitives –tridimensionnelles par nature- sont des matrices de représentation, elles-mêmes évocatrices de fantasmes. » Suit un silence puis un temps d’échange et d’élaboration verbale. Un cas clinique nous permet de bien nous « représenter » ce travail. Willy Van Lysebeth passe en revue un certain nombre d’enjeux présents dans la relaxation, par exemple : la décontraction musculaire peut stimuler les peurs de lâcher le contrôle, de tomber… Le relaxateur est attentif à tout mouvement du corps, à toute variation du souffle, aux mouvements oculaires comme autant d’indicateurs des mouvements internes du patient. En relaxation analytique, le sens émerge à partir de pensées somatiques qui sont vécues en relation avec le corps et la personne du thérapeute, et Willy Van Lysebeth de poser la question s’il s’agit là d’un transfert. Il s’interroge ensuite sur des aspects particuliers liés à la méthode : la suggestion, le ressenti, les formes, les fantasmes. Il termine en abordant les écueils et les indications de cette approche.

Marie Romanens nous emmène dans l’univers mythique pour nous montrer comment images et mythes peuvent être utilisés eux aussi comme médiation dans le travail psychothérapeutique. Elle reprend Gusdorf pour nous dire que l’humanité est passée d’une pensée mythique où tout est relié et a un sens, à une conscience réflexive qui a introduit la séparation, la multiplicité et l’insécurité. Afin de mettre de l’ordre dans tout cela, l’homme s’est orienté vers une conscience objective qui s’est épanouie dans les sciences. Du coup, le mythe s'est trouvé dévalorisé de même que tout ce qui est de l’ordre du subjectif. C’est dans ce contexte que Freud a commencé. Tout en se situant dans une démarche scientifique, il a voulu réhabiliter le subjectif et l’irrationnel. Pour ce faire, il s’est appuyé sur des mythes, entre autres celui d’Œdipe, mythes qu’il a essayé « d’intégrer dans la systématique intellectuelle en place ». Jung quant à lui a su redonner sa puissance à « l’imaginal ». Il a exploré le rôle médiateur du symbole et sa fonction créatrice. « L’image mentale, porteuse de ses origines corporelles,… conduit le sujet à la possibilité de dire qui il est et ce qu’il vit ». Et Marie Romanens de constater, à l’aide d’exemples cliniques, que les expressions du monde imaginal permettent de réamorcer une fonction symbolique défaillante.

J’espère que la lecture de ce numéro vous donnera le goût d’être créatif dans votre travail.

Bonne lecture...

Brigittte Dohmen

 

/*--Set Logo Image position--*/ #logo{left: 20 px}; #logo{top: 10 px}: