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ÉDITORIAUX de la Revue

Dans ce numéro, nous vous présentons le compte-rendu de la journée d’étude qui s’est tenue le 12 octobre 1996 sur le thème du corps dans le transfert. L’objectif de cette journée était de se poser la question de la prise en compte du corps dans la théorie et la pratique analytique.

Nous y avons invité un certain nombre d’analystes intéressants pour leurs recherches originales et leurs écrits. Nous espérons que vous aurez autant de plaisir à les lire que nous en avons eu à les écouter le jour même. Pour cet éditorial, je me propose de reprendre les textes écrits par chacun des conférenciers pour présenter leur exposé.
Madame Gisèle Harrus-Révidi, psychanalyste, a ouvert la journée pour nous parler de la technique analytique et du corporel. Elle s’est proposée de nous donner des éléments de sémiologie pour une clinique du sensoriel. Elle remarque que l’analyste a des rapports difficiles avec le sensoriel, son surmoi lui imposant, par rapport à son patient, une cécité, une anosmie, une agueusie et bien évidemment un strict interdit du toucher. Ceci suppose, de sa part, un clivage de son moi fondé sur un déni de la réalité et peut empêcher ainsi l’évolution du patient confronté à la répression sensorielle que s’inflige l’analyste. Il existe, chez l’analyste, une angoisse à admettre que tout discours de quelque ordre que ce soit est surdéterminé de multiples façons et, entre autres et surtout, par les messages des sens. L’interprétation analytique intervient sur le sens du discours, les résistances et le transfert, mais si la diabolique intrication des trois catégories de signifiants est difficile à gérer, que se passe-t-il si on y adjoint quelques éléments perceptifs ? Peut-on de bonne foi travailler ces ordres du discours en niant toute perception non verbale qui les modifie ?
Pour Gisèle Harrus-Révidi, le sens des cinq sens, ce qui n’intervient que par nos perceptions et nos sensations, fait techniquement partie de ce qui est, par principe, refusé par l’analyste. Ainsi un symptôme même somatique, dermatologique par exemple, n’existe que si le patient en parle; ce langage archaïque et provoquant à la fois ne peut être entendu dans la sphère analytique classique. Ceci remet en cause l’approche et la théorie du contre-transfert, la maîtrise du transfert et le rapport à son corps et à celui de l’autre. Gisèle Harrus-Révidi reprend ensuite le cas de Toby, publié dans son livre La vague et la digue, et elle tente, à travers celui-ci, l’approche théorique du thème de la sensorialité dans une psychopathologie du quotidien en analyse et non pas uniquement dans son rapport à la trace et à la représentation. Cet exposé plein d’humour nous a mis en appétit pour la suite de la journée.

Celle-ci s’est poursuivie par l’exposé du Docteur Roger Gentis, lui aussi psychanalyste. Celui-ci s’est interrogé sur le pourquoi et le comment de l’implication du corps dans le travail analytique. Sa recherche ne s’autorise que des limites et des insuffisances de la psychanalyse dite « pure »: insuffisances criantes quand on est, pendant des décennies, confronté aux problèmes des psychotiques et à l’urgence de leur proposer de véritables psychothérapies. Dans son exposé, le Docteur Gentis retrace le parcours qui l’a conduit, sous la pression de la nécessité, à quitter le fauteuil de l’analyste pour expérimenter (en tant que client au départ) diverses pratiques corporelles, plus ou moins avouables. Il s’avère que, proposées le plus souvent, à l’origine, en réaction et en opposition à la psychanalyse freudienne, certaines de ces pratiques se montrent en fait parfaitement compatibles avec l’éthique freudienne, et gagnent à être éclairées par la théorie analytique : celle-ci ne s’en trouve aucunement subvertie, on pourrait plutôt parler de déplacement des accents...Le docteur Gentis se réfère à cette réflexion du psychodramatiste Pinel :  « Je rappellerai ce mot de Winnicott, dont chacun se souvient : “Quand je ne peux pas faire d’analyse, je fais autre chose” ». Je trouve cette sérénité enviable et je suppose que Winnicott pouvait la soutenir, parce qu’il pensait : « De toute façon, je reste analyste ».

Ce deuxième exposé venait compléter très harmonieusement le premier abordant surtout le volet de la psychose. La matinée s’est poursuivie par l’exposé de Madame Brigitte Dohmen, membre de notre école, sur l’agir en psychanalyse. Dans cet exposé, elle reprend l’historique de la place de l’agir en psychanalyse. Freud, à un moment de sa pratique, a décidé d’interdire l’agir en psychanalyse, tant l’agir du psychanalyste que celui du patient. Il s’agissait, pour le psychanalyste, d’éviter toute suggestion et toute séduction vis-à-vis du patient, tout autant que de se mettre à l’abri d’un contre-transfert trop envahissant. Il s’agissait aussi d’immobiliser le patient pour favoriser les processus de mentalisation. L’agir du patient était considéré comme une résistance, un obstacle à la symbolisation. Cette règle technique a déjà été contestée par des contemporains de Freud, tels Reich et Ferenczi. Cependant, elle est devenue, chez les successeurs de Freud, une loi, voire un interdit prenant la place et la fonction de l’interdit de l’inceste. Par la suite, les thérapies d’enfants et les thérapies de psychotiques, comme en parlaient Monsieur Gentis, ont obligé les analystes à assouplir cette vision des choses. De même, à l’heure actuelle, certaines approches « actives » se réclament de la psychanalyse : la relaxation psychanalytique, le psychodrame analytique, la psychothérapie analytique à médiation corporelle.
Dans son exposé, Madame Dohmen montre que l’agir fait partie de tout processus psychothérapeutique, y compris le dispositif analytique le plus classique. Il est non seulement inévitable mais en plus il est un moyen d’accès à l’inconscient, un outil efficace face au clivage et une aide dans le processus de symbolisation.
Elle différencie trois types d’agir chez le patient comme chez le thérapeute qu’elle échelonne sur la topique inconscient-conscient: l’agir impulsif, l’agir langage et l’agir activateur. Elle s’attache ensuite à nous montrer l’utilité de cet outil dans un contexte analytique et parlera plus spécifiquement de la psychothérapie analytique à médiation corporelle à l’aide de nombreux exemples cliniques.

La matinée s’est terminée par un débat entre les différents orateurs et la salle dont le thème principal a été la place du toucher dans le travail analytique.

L’après-midi, nous avons eu le plaisir d’entendre Monsieur Max Pagès, psychothérapeute, parler de l’effet activateur du travail émotionnel en groupe sur la psychothérapie individuelle. Monsieur Pagès a développé sa vision de la démarche complexe en psychothérapie. Celle-ci postule une unité complexe du psychisme articulant des sous-systèmes autonomes aux logiques hétérogènes : le système émotionnel archaïque, le système discursif-oedipien, le système socio-familial. Elle postule aussi des approches théorico-techniques différentes, qui éclairent chacune des aspects particuliers du psychisme, au premier rang desquelles la psychanalyse, les nouvelles thérapies reichiennes et gestaltistes, la sociologie familiale. Les contradictions présumées entre ces approches, relevant d’oppositions métathéoriques doctrinales, sont mises entre parenthèses au profit d’une dynamisation des contraires révélant des articulations entre processus.
La notion de système émotionnel, définie par Monsieur Pagès, dépasse le faux dilemme où l’on enferme d’ordinaire, l’expression émotive, traitée comme satisfaction pulsionnelle ou passage à l’acte, d’une part, ou signe linguistique et révélation d’un sens, de l’autre. L’émotion archaïque est considérée, dans une perspective proche de celle des éthologues, comme un mode de communication infra-linguistique, qui associe l’expression émotive corporelle (mimique, geste, posture, voix), l’image concrète et l’affect, et l’affect archaïque. Le travail émotionnel (psychodrame émotionnel, danse, travail de la voix,...) porte sur les résistances communicationnelles et vise à rétablir les liens internes dans un système émotionnel dissocié. Il suppose une communication émotionnelle entre le sujet et un ego-auxiliaire, participant ou psychothérapeute. Il met en jeu le transfert et le contre-transfert émotionnels.
La démarche complexe intègre le travail de groupe à prédominance émotionnelle et le travail individuel à prédominance analytique. Des effets d’activation et de greffe réciproques peuvent être observés, dont on suppose qu’ils dissolvent les amalgames et remettent en jeu les processus d’articulation entre structures psychiques.

Cet exposé complétait admirablement les précédants, tel un kaléidoscope, chaque exposé mettant en lumière une facette différente d’une même réalité.

Il s’en est suivi une table ronde très intéressante sur la place du thérapeute et les indications du travail corporel.

Pour rester dans les métaphores corporelles, je dirai que cette journée nous a permis de goûter à un menu consistant, varié et plein de saveurs. La qualité des exposés et des interventions du public a fait que nous ne sommes pas restés sur notre faim. Bonne lecture !

Brigitte Dohmen

 

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