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ÉDITORIAUX de la Revue

En 1995, nous avons organisé un cycle de conférences autour du thème « Les maux pour le dire ». L'objectif de ce cycle était d'aborder les problèmes psychosomatiques, c'est-à-dire des situations où c'est le corps qui manifeste une souffrance qui n'arrive pas à se dire et qui parfois reste clivée du sujet.

Dans son article « Entre mère et père: le corps indécis », Sander Kirsch aborde le thème de la dépression endogène. Il remarque que c'est d'ailleurs un problème très présent dans la clinique psychosomatique. Les patients qui somatisent sont des patients qui ont un langage désaffectivé et qui ont difficile à fonctionner avec l'association libre en thérapie.

Sander Kirsch reprend la théorisation de Alexander Lowen concernant la dépression et il la compare à celle de Julia Kristeva. En résumé, on pourrait dire que « Lowen voit le dépressif perdu dans un corps qui n'exprime plus ses émotions, Julia Kristeva décrit le dépressif perdu dans une parole qui n'a plus de sens ». Il nous présente le cheminement d'un de ses patients dépressifs où, dès le premier rendez-vous, il contacte des zones clivées de celui-ci grâce à l'observation de son contre-transfert. Le fait de le partager avec le client est ce qui permettra d'établir le contact avec lui. Petit à petit, ce patient explorera combien il peut être difficile d'être un homme quand c'est la mère qui est du côté de la vie, surtout quand elle est en plus toute puissante, et que le père est du côté de la mort. C'est à travers son corps qu'il retrouvera son identification à son père malade.
Sander Kirsch nous guide à travers l'évolution de ce processus et nous partage sa technique de dissociation guidée qui lui sert de substitut à l'association libre avec certains patients. Dans ce travail, les mots sont reconnectés aux sensations et les sensations au transfert.

Brigitte Dohmen aborde ensuite « Les ratés de la maternités ». Dans cet article, elle nous partage son expérience de psychothérapeute travaillant en maternité et autour de situations d'urgence en périnatalité. La grossesse et l'accouchement y apparaissent comme périodes de crise maturative sur le plan psychique, crise génératrice de bouleversements et de remaniements psychiques. A travers un certain nombre de cas cliniques, elle aborde ces différents ratés de la maternité: les situations de stérilité qui ne s'expliquent pas bien à un niveau médical, les grossesses à haut risque, la prématurité, le handicap et le décès du bébé. On peut y voir à quel point l'expérience de la maternité réveille des expériences archaïques et des traumatismes douloureux de la petite enfance, et même stimule des situations qui ont leur origine dans le transgénérationnel.

Dans « Mon cancer, c'est moi et c'est pas moi », Danièle Deschamps nous parle avec force et sensibilité de « ce qui fait vivre et mourir les humains ». Elle s'interroge sur ce qui fait qu'à un moment de sa vie une personne « va se laisser dépérir » ou va réagir dans « un sursaut de vie ». Elle nous parle ici de ses réflexions concernant le cancer, cette maladie qui met celui qu'elle atteint au pied du mur, au pied de la vie pourrait-on dire. « Comprendre un peu, donner sens, éclairer le chaos et questionner ce qui peut relancer la vie ou l'accompagner dans l'extinction de son désir ». « Mon cancer, c'est moi et c'est pas moi », c'est toute la difficulté de passer de « j'ai un cancer » à « je suis cancéreux ». Danièle Deschamps nous cite quelques cas cliniques qui permettent de mettre en évidence l'imaginaire terrifiant qui surgit dans ces situations. Elle cherche comment en tant qu'analyste elle peut aider ces patients à « retrouver un espace psychique de pensée, un espace corporel de vie, un espace relationnel de jeu, un espace symbolique de création ». Face à ces problématiques, elle sera amenée à « inventer » en tant qu'analyste des moyens d'intervention capables d'aider à représenter cet imaginaire archaïque et destructeur. Elle sera aussi amenée à « aménager le cadre » afin de rendre possible ce travail dans des temps et des lieux accessibles pour le patient.

Liliane Hirschland nous présente ensuite son article « Ce n'est pas une mince affaire » où elle aborde ses réflexions sur les désordres alimentaires, anorexie, boulimie, et leur rapport au corps. Elle replace cette problématique dans le contexte social et culturel qui l'influence fortement. La boulimie est une situation où la personne a perdu tout contrôle sur sa relation à la nourriture. L'anorexie est le refus de se nourrir et d'avoir un corps. Ces problématiques sont le reflet d'un véritable combat vie-mort chez la personne qui en souffre, des femmes généralement. Ces pathologies renvoient aux premières relations à la mère qui se passent entre autre à travers le nourrissage et sont souvent la recherche des retrouvailles avec le sein maternel dans quelque chose de fusionnel.

Liliane Hirschland aborde ensuite sa façon d'approcher ces problématiques sur le plan psychothérapeutique. Il s'agit de redonner à ces patientes des points de repère qui leur permettent de situer leur rapport à la nourriture. Ensuite, il y a à aborder les problèmes sous-jacents et à travailler les émotions qui parasitent la personne. Ce travail, Liliane Hirschland le propose aussi en groupe.

Rosella Sandri dans son article « Comment l’esprit vient au corps: le passage du corps à la pensée chez le bébé », nous partage ensuite son expérience de formatrice en observation du nourrisson. Cette méthode consiste pour un observateur à observer un bébé dans sa famille pendant un an, à raison d'une heure par semaine. L'observateur note toutes ses observations et les retravaille ensuite dans un séminaire où elles peuvent être réfléchies et élaborées.

Elle nous fait part ici de ses hypothèses concernant le passage du corps à la pensée chez le nourrisson. Le corps est le premier lieu d'expérience du bébé, il est le lieu de construction de son espace psychique et des premiers niveaux de symbolisation. Rosella Sandri reprend ici de nombreuses observations de bébés et, à travers une description assez fine des réactions du bébé, elle nous montre comment le bébé découvre son espace interne d'abord (grâce à sa bouche et ses yeux), les objets externes et le mouvement ensuite (grâce à ses mains). Elle aborde ensuite la découverte de la verticalité et ce que cela implique comme étape dans son autonomisation et sa façon de se situer dans l'espace.

Cet article est une illustration de cette phrase de Freud « Le moi est avant tout un moi corporel ».

Régina Goldfarb enfin aborde « Entre le psychosomatique et l'hystérique », un article qui parle des problématiques psychosomatiques liées au transgénérationnel. Pour elle, la conversion hystérique touche le corps imaginaire, alors que le problème psychosomatique touche le corps réel. Mais parfois, certains patients échappent à ces deux catégories. Leur maladie et le moment où elle s'est déclenchée sont liés à des événements clés de leur vie mais qui parfois se sont déroulés bien avant leur naissance. Il s'agit de ces « fantômes » dont parle Claude Nachin. Freud déja avait parlé de « l'héritage archaïque », ce qui « relie le moi à ceux qui l'ont précédé ». Ces fantômes se transmettent à cause des secrets, mais aussi et surtout à cause de ces innommables, événements tellement traumatisants qu'ils ne peuvent se parler dans la famille bien qu'on connaisse leur existence. Régina Goldfarb nous dira ensuite que faire de ces fantômes ou dibbouk dans la thérapie.

Encore une fois, je ne peux qu'espérer que ces articles enrichiront votre propre réflexion et je vous souhaite bonne lecture.

Brigitte Dohmen

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